« A priori » ou « à priori » : laquelle est correcte ?

En résumé
La réponse est tranchée : on écrit « a priori » sans accent, conformément au dictionnaire de l'Académie française (9e éd.).
« A priori » ou « à priori » : laquelle est correcte ?
La réponse ne souffre aucune hésitation : on écrit a priori sans accent sur le « a ». L'Académie française, dans la 9e édition de son dictionnaire, consigne cette expression latine sans accent grave. Le « à » accentué que l'on voit fleurir partout est une faute d'orthographe, même si elle est aujourd'hui très répandue. Cette locution latine signifie littéralement « à partir de ce qui précède » et s'est imposée dans la langue française sans que son « a » initial prenne jamais d'accent dans la tradition académique.
A priori, cette candidature semble solide, mais vérifions les références.
Je n'ai rien contre lui a priori, mais attendons de le rencontrer.
Un jugement a priori est un jugement fondé sur des suppositions, non sur les faits.
Dans chaque exemple, la locution est correctement orthographiée sans accent. Remplacez mentalement « a priori » par « en théorie » ou « en supposant » : si la phrase garde son sens, vous l'employez bien.
D'où vient l'expression « a priori » ?
« A priori » est une locution latine héritée de la philosophie médiévale et scolastique. En latin, a est une préposition signifiant « à partir de » ou « depuis », et priori est le génitif de prior, signifiant « ce qui est antérieur ». Littéralement : « à partir de ce qui précède ». La locution s'est popularisée à travers la philosophie kantienne au XVIIIe siècle : Kant opposait les connaissances a priori (indépendantes de l'expérience) aux connaissances a posteriori (tirées de l'expérience).
En français courant, la locution a glissé vers un usage plus large : elle exprime un jugement formulé avant examen, une présomption, une impression première. Le mot a fini par être nominalisé (« avoir un a priori ») et même parfois écrit en un seul mot (« apriori ») selon les rectifications orthographiques de 1990. Mais dans tous les cas, la tradition, et l'Académie, maintient le « a » sans accent, car le signe diacritique n'a pas de justification en latin et n'a jamais été requis pour distinguer cette préposition d'un autre mot.
Notons que d'autres locutions latines intégrées au français connaissent le même traitement : grosso modo, a posteriori, in fine, aucune n'est accentuée dans leur graphie d'origine.
Pourquoi tout le monde écrit « à priori » avec un accent ?
La confusion vient d'une analogie spontanée avec la préposition française « à » (avec accent), que l'on utilise dans des constructions comme « à l'avance », « à nouveau », « à présent ». Le cerveau effectue un rapprochement logique mais erroné : puisque « a priori » commence par « a » et joue le rôle d'une préposition, on croit naturellement qu'il faut écrire « à priori » avec le même accent que la préposition française.
Or, le « a » d'« a priori » n'est pas la préposition française ; c'est la préposition latine, qui ne prend pas d'accent grave en latin. En français, l'accent grave sur « à » sert uniquement à distinguer la préposition du verbe « avoir » (il a → il à serait incorrect). Dans « a priori », aucune ambiguïté de ce type n'existe : le contexte suffit. L'accent est donc inutile et, surtout, contraire à la graphie consacrée par l'usage académique.
Cette erreur est d'autant plus répandue qu'elle reste invisible à l'oral, car les deux formes se prononcent exactement pareil. Une étude du Projet Voltaire montre que plus de 60 % des francophones optent spontanément pour la graphie accentuée. On retrouve ce mécanisme d'hypercorrection dans d'autres confusions, comme écrire prêt de au lieu de près de par excès de zèle orthographique.
« À priori » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Non. Le dictionnaire de l'Académie française, dans sa 9e édition (la plus récente), consigne l'expression sous la forme a priori sans accent. Aucune mention d'une variante « à priori » n'y figure comme forme acceptée. L'Académie signale uniquement que la locution peut s'écrire en un seul mot (apriori) selon les rectifications orthographiques de 1990, mais toujours sans accent.
Il existe des cas où l'Académie se montre plus souple. Elle admet par exemple plusieurs formes pour certains pluriels de mots composés. Mais pour « a priori », il n'y a pas de débat officiel : la locution latine reste a priori, point. De même, son antonyme a posteriori s'écrit sans accent sur les deux « a ». Sur ce sujet, l'Académie ne transige pas davantage que sur voir et voire, deux mots aux orthographes distinctes que l'usage populaire continue de confondre.
Comment retenir « a priori » sans accent une fois pour toutes ?
Le moyen mnémotechnique le plus efficace est de penser à l'origine latine. En latin, il n'existe pas d'accent grave : les Romains ne connaissaient pas ce signe diacritique. Dès que vous reconnaissez qu'une expression vient du latin, a priori, a posteriori, grosso modo, in extenso, méfiez-vous des accents. Le latin ne les utilise pas.
Le test de substitution confirme : remplacez « a priori » par « en théorie » ou « avant tout examen ». Si la phrase reste cohérente, vous l'utilisez correctement. Et si vous êtes tenté d'écrire « à priori », posez-vous la question inverse : si l'on enlève l'accent, est-ce qu'il y a un risque de confusion avec un autre mot ? Non : il n'y a pas d'autre « a priori » en français. L'accent est donc superflu et fautif.
Pour aller plus loin sur les expressions latines intégrées au français et leurs pièges orthographiques, consultez notre article sur grosso modo ou grosso merdo, un autre cas où l'intuition orthographique trahit souvent les meilleurs rédacteurs.
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