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« Agonir » ou « agoniser » : lequel est correct ?

Sylvain CASSINIPublié le 2 juin 2026
« Agonir » ou « agoniser » : lequel est correct ?

En résumé

« Agoniser d'injures » ou « agonir d'injures » ? Ces deux verbes n'ont pas le même sens : agonir signifie accabler, agoniser signifie mourir. L'Académie française qualifie la confusion de « faute grossière ».

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« Agonir » ou « agoniser » : lequel est correct ?

Les deux verbes existent, mais ils ne signifient pas la même chose. C'est leur sens qui détermine lequel employer, et les confondre est, selon l'Académie française, une faute grossière.

Agonir (2e groupe, verbe transitif) signifie accabler quelqu'un d'injures, de reproches, d'insultes. Il se construit toujours avec un complément d'objet direct et un complément introduit par « de ».

Agoniser (1er groupe, verbe intransitif) signifie être en train de mourir, traverser l'agonie. Il ne se construit jamais avec « d'injures » ou « de reproches ».

« Le conducteur a agoni le piéton d'insultes avant de démarrer. » (agonir = accabler, verbe transitif)
« Le blessé agonisait sur le bord de la route quand les secours sont arrivés. » (agoniser = être à l'agonie)
« Elle s'est fait agonir de reproches par son supérieur lors de la réunion. » (agonir = accabler de reproches)
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D'où vient le verbe « agonir » ?

Le verbe agonir est attesté en français depuis le XVIe siècle. Il est issu du vieux français « ahonir », lui-même dérivé du francique « haunjan », qui signifiait couvrir de honte, faire affront. L'idée originelle est celle d'une humiliation publique violente, on ne se contente pas d'insulter, on accable, on submerge.

Agoniser, lui, vient du latin ecclésiastique « agonizare » et du grec « agônizomai » (lutter, combattre). En médecine médiévale, l'agonie désignait le combat ultime du mourant contre la mort, une lutte physique, pas une invective.

Les deux verbes appartiennent donc à des familles étymologiques radicalement différentes. Agonir est apparenté à « honte » et à l'agression verbale. Agoniser est apparenté à « agonie », au corps qui cède. Deux univers sémantiques distincts que la prononciation similaire a fini par brouiller dans l'usage courant.

La conjugaison les distingue également : agonir suit le modèle de « finir » (j'agonis, nous agonissons, il agonit), tandis qu'agoniser suit le modèle de « chanter » (j'agonise, nous agonisons, il agonise). À l'oral, certaines formes se ressemblent dangereusement, ce qui explique en partie la confusion persistante.

Pourquoi tout le monde dit « agoniser d'injures » ?

La confusion repose sur trois mécanismes. Le premier est phonétique : à la troisième personne du singulier, « il agonit » et « il agonise » sonnent presque identiquement pour une oreille inattentive, surtout dans un débit rapide. Le second est analogique : le mot « agonie » est bien plus fréquent qu'« agonir » dans la langue courante, si bien que le cerveau recompose spontanément un verbe *agoniser* à partir du substantif qu'il connaît.

Le troisième mécanisme est littéraire. Même Maupassant a glissé dans ses écrits la forme « agoniser » avec le sens d'accabler. Lorsque des auteurs canoniques commettent une faute, celle-ci se propage et gagne une apparence de légitimité. Selon le linguiste Bruno Dewaele, cette confusion est l'une des plus répandues parmi les locuteurs instruits, car ils connaissent le mot agonie et le croient source du verbe à employer.

C'est le même type de glissement sémantique que l'on observe avec différend et différent : deux mots proches à l'oral, deux sens opposés à l'écrit. L'oreille trompe, le sens sauve.

« Agoniser d'injures » : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non. L'Académie française est catégorique : écrire « agoniser d'injures » constitue une faute grossière. Dans sa rubrique en ligne dédiée, l'institution rappelle que les deux verbes n'appartiennent ni au même groupe grammatical ni au même champ sémantique, et que les confondre trahit une méconnaissance fondamentale de la langue.

La distinction est d'autant plus tranchée que l'Académie ne tolère aucune variation : il n'existe pas ici de doublet accepté. Avec agonir et agoniser, la règle ne souffre aucune exception : chaque verbe a son sens, et ce sens est fixé.

La confusion est d'autant plus dommageable dans un contexte professionnel. Dans un e-mail, un rapport ou une lettre, écrire « mon collègue m'a agonisé d'insultes » expose immédiatement le rédacteur à une lecture critique. Pour les autres pièges liés aux confusions entre deux formes proches, voyez également soi-disant ou soit-disant, une autre faute grossière que l'Académie condamne sans nuance.

Comment retenir « agonir » une fois pour toutes ?

Le meilleur moyen mnémotechnique est le test de substitution : remplacez le verbe par « accabler ». Si la phrase reste cohérente, utilisez agonir. Si elle ne tient pas, utilisez agoniser.

« Il m'a agoni d'insultes » → « Il m'a accablé d'insultes » : cohérent. Agonir est le bon verbe.

« Le malade agonise » → « Le malade accable » : incohérent. Agoniser est le bon verbe, il signifie mourir.

Un second repère : agonir se conjugue comme finir (groupe 2). On dira donc « il agonit » et non « il agonise » quand on parle d'accabler. La terminaison en -it au lieu de -ise suffit à rappeler que ce verbe appartient à une famille différente.

Pour consolider votre maîtrise des verbes qui se ressemblent sans se confondre, consultez aussi notre article sur dysfonctionnement ou disfonctionnement, une autre erreur fréquente que la confusion de groupe grammatical explique en grande partie.

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