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« Favorite » ou « favorie » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 30 juillet 2023
« Favorite » ou « favorie » : laquelle est correcte ?

En résumé

Quelle est la bonne orthographe : « favorite » ou « favorie » ? La réponse est sans ambiguïté : « favorite » est la seule forme correcte. L'Académie française condamne explicitement « favorie » comme une faute par analogie avec les mots en -ie.

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« Favorite » ou « favorie » : laquelle est correcte ?

La réponse est tranchée : on écrit « favorite », jamais « favorie ». Le féminin de l'adjectif favori est favorite, avec un t, et cette règle ne souffre aucune exception. L'Académie française le rappelle explicitement : « favorie » est une faute, quelle que soit la nature du contexte.

« Cette chanson est ma favorite depuis des années. » (à propos d'un morceau de musique préféré)
« La candidate favorite du jury a brillamment défendu son projet. » (à propos d'une personne préférée pour un rôle)
« Le café reste sa boisson favorite le matin. » (à propos d'une habitude ou d'une préférence quotidienne)
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D'où vient le mot « favorite » ?

Le mot favori vient de l'italien favorito, lui-même issu du verbe favorire (« favoriser »). Jusqu'au XVIe siècle, le féminin français était effectivement « favorie », construit selon la règle habituelle des adjectifs en -i. Mais la cour de France, très influencée par la culture italienne sous les règnes des Valois et des premiers Bourbons, a progressivement adopté la forme italienne au féminin : favorita.

Cette forme italienne s'est francisée en « favorite », conservant le t de l'original. C'est ainsi que « favorite » a évincé « favorie » dans l'usage cultivé du XVIIe siècle. Les grandes favorites royales, comme Madame de Maintenon, favorite de Louis XIV, ont contribué à ancrer ce terme dans la langue française avec sa graphie actuelle. Dès lors, « favorite » est la seule forme retenue par les grammairiens et les lexicographes français.

Le mot désigne à l'origine la maîtresse d'un roi, ou plus largement toute personne qui bénéficie d'une faveur particulière. Par extension, il est devenu un simple adjectif de la langue courante : activité favorite, couleur favorite, équipe favorite. Dans tous ces emplois, la graphie avec t est obligatoire.

Pourquoi tout le monde écrit « favorie » ?

La confusion vient d'une règle de grammaire que l'on applique trop vite. En français, les adjectifs terminés par -i au masculin forment leur féminin en -ie : joli → jolie, ébahi → ébahie, fourbi → fourbie, banni → bannie. Ce mécanisme est si régulier qu'il fonctionne sur pilote automatique dans l'esprit des locuteurs.

Or favori fait exception à cette série. Parce que son féminin a été emprunté à l'italien sous la forme favorita, et non construit par la règle française habituelle, il se termine par -ite et non par -ie. Cette exception unique dans le paradigme des adjectifs en -i suffit à tromper des millions de locuteurs. Selon une enquête du Projet Voltaire, les fautes liées aux féminins irréguliers figurent parmi les dix erreurs les plus fréquentes dans les écrits professionnels.

Un autre facteur aggravant : l'oral ne distingue pas « favorite » de « favorie ». Les deux formes se prononcent de manière identique ou quasi identique selon les accents régionaux. C'est la même difficulté que pour des confusions comme connexion ou connection, où c'est l'écrit seul qui trahit la faute.

« Favorie » : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non, sans la moindre nuance. L'Académie française consacre une notice explicite à cette question dans ses Dire, ne pas dire, sa chronique normative en ligne : « favorie » y est présenté comme fautif, sans aucune tolérance ni variante admise. La formulation retenue par les Immortels est limpide : « Sans doute est-ce par analogie avec le féminin des autres formes en -i que l'on entend de plus en plus aujourd'hui le féminin favorie, qui n'en est pas moins fautif. »

Cette position tranchée contraste avec d'autres débats où l'Académie fait preuve de souplesse. Par exemple, elle accepte depuis 1990 les rectifications orthographiques qui autorisent certaines variantes comme « nénufar » à côté de « nénuphar ». Mais sur « favorie », aucune hésitation : la forme est condamnée. On est loin de cas comme dilemme ou dilemne où la discussion porte sur un t et un n historiquement concurrents.

Le Larousse est tout aussi catégorique : l'entrée favori précise en note « attention : masculin en -i, féminin en -ite », signalant explicitement le piège pour les utilisateurs. « Favorie » n'apparaît dans aucun dictionnaire de référence en tant que variante admissible. La faute reste une faute, que l'on soit en contexte professionnel, scolaire ou numérique.

Comment retenir « favorite » une fois pour toutes ?

Le moyen mnémotechnique le plus efficace consiste à penser à l'anglais. En anglais, le mot équivalent est favourite (ou favorite en américain), avec un t dans les deux cas. Puisque le mot a été emprunté à l'italien favorita, il a conservé ce t dans les langues qui l'ont adopté. Quand vous hésitez, pensez : « favorite en anglais, favorite en français, le t ne bouge pas. »

Vous pouvez aussi utiliser le test de la substitution par un autre féminin en -ite. Remplacez « favorite » par « petite » ou « vite » : ces mots se forment avec un t au féminin, non avec un simple -ie. « Petite chanson » → « chanson favorite » : le parallèle sonore aide à ancrer la graphie correcte.

Enfin, méfiez-vous des correcteurs orthographiques automatiques : certains laissent passer « favorie » sans signalement, notamment dans les messageries instantanées. C'est aussi le cas pour d'autres exceptions grammaticales comme fainéant ou feignant, où la forme intuitive est souvent la forme fautive. Retenez la règle une fois pour toutes : favori fait favorite, et jamais favorie.

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