« Glacials » ou « glaciaux » : laquelle est correcte ?

En résumé
« Glacials » ou « glaciaux » ? On écrit « glacials » : des hivers glacials, des accueils glacials. L'Académie française tolère « glaciaux » sans le recommander.
« Glacials » ou « glaciaux » : laquelle est correcte ?
La forme à retenir est « glacials ». Au pluriel masculin, l'adjectif « glacial » s'écrit avec un simple -s : on écrit des vents glacials, des regards glacials. « Glaciaux » figure certes dans les dictionnaires, mais c'est une forme rare que le Larousse et l'Académie française elle-même déconseillent d'employer. Voici quelques exemples d'usage correct.
« Les hivers glacials de ce plateau montagneux dissuadent la plupart des randonneurs. » (récit de voyage)
« L'accueil et les regards glacials qu'elle a reçus en salle de réunion l'ont profondément marquée. » (contexte professionnel)
« Deux courants glacials traversent cette partie de l'océan Atlantique nord. » (géographie)
D'où vient l'adjectif « glacial » et pourquoi son pluriel pose-t-il problème ?
« Glacial » vient du latin médiéval glacialis, lui-même dérivé de glacies, « la glace ». Le mot entre en français au XIVe siècle, d'abord dans un vocabulaire savant : les astronomes et les géographes parlaient de la « zone glaciale » pour désigner les régions polaires, avant que le sens ne s'étende au sens figuré (un accueil glacial, un silence glacial).
Le problème du pluriel masculin vient justement de là : « glacial » a longtemps été employé presque exclusivement au féminin (une zone glaciale, une mer glaciale, l'océan Glacial Arctique s'écrivant avec une majuscule à Glacial mais restant un cas particulier de nom propre). Le pluriel masculin, rarement sollicité, n'a jamais eu l'occasion de se fixer dans l'usage courant. C'est pourquoi la 8e édition du Dictionnaire de l'Académie française (1935) affirmait carrément que « glacial » n'avait pas de pluriel masculin. La 9e édition, plus récente, corrige cette position intenable mais garde une réserve : elle liste « glacials ou glaciaux » tout en précisant qu'on évite généralement d'employer ce pluriel.
Cette rareté explique aussi pourquoi deux usages professionnels ont fini par diverger. Dans les bulletins météorologiques et les revues d'océanographie, où le pluriel masculin est employé assez souvent (des courants glacials, des fronts glacials), la forme en -s s'est imposée naturellement par simple habitude de rédaction. Dans les textes littéraires ou journalistiques, où le mot reste rare, les rédacteurs appliquent au contraire la règle générale des adjectifs en -al sans se souvenir de l'exception, d'où la percée de « glaciaux ».
Cette absence de pluriel masculin fixé prend racine dans un phénomène plus ancien que « glacial » lui-même. Au XIIe siècle, le l final placé devant le s du pluriel se vocalise en français : « chevals » devient « chevaus » (Joseph Anglade, Grammaire élémentaire de l'ancien français, 1931, chapitre 3). La Chanson de Roland, composée vers 1080, écrit encore « chevals », ce qui situe le début du changement après cette date. À l'écrit, les scribes abrégeaient ce son par un sigle proche d'un x, d'où la graphie « chevax » ; des copistes plus tardifs, prenant ce signe pour une lettre à laquelle il manquait son u d'origine, l'ont rétabli devant le x, ce qui a donné « chevaux », généralisé ensuite à tous les mots en -al, -au et -eau. « Glacial » entre en français au XIVe siècle, soit deux cents ans après la fin de cette vocalisation : le mot n'a donc jamais traversé l'étape orale qui aurait naturellement produit son pluriel en -aux, contrairement à « cheval » ou « animal », hérités du latin populaire dès l'époque du changement.
Pourquoi tout le monde écrit-il « glaciaux » ?
La faute vient d'un réflexe d'analogie très répandu. La majorité des adjectifs français en -al forment leur pluriel masculin en -aux : régional devient régionaux, spécial devient spéciaux, national devient nationaux. Le cerveau applique cette règle par automatisme à tous les mots de la famille, y compris à ceux qui n'en font pas partie.
Le Projet Voltaire rapporte régulièrement que les fautes sur les pluriels en -al figurent parmi les erreurs les plus fréquentes chez les adultes diplômés, tout comme pour le couple « navals » ou « navaux », un cas voisin où l'analogie pousse aussi vers la mauvaise forme. Dans les deux cas, le mécanisme est identique : un adjectif peu fréquent au masculin pluriel se retrouve happé par la règle majoritaire, alors qu'il appartient en réalité à la minorité des adjectifs en -al qui prennent -s.
On croise d'ailleurs « glaciaux » jusque dans la presse économique, sous des titres du type « des chiffres glaciaux pour le secteur », alors que la forme attendue est « des chiffres glacials ». Cette présence dans des textes publiés et relus donne à la faute une fausse légitimité : le lecteur la voit circuler, puis la reproduit à son tour, ce qui entretient la confusion d'une génération à l'autre.
« Glaciaux » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Le cas de « glaciaux » est plus nuancé que celui de « navaux », qui n'existe pas du tout. La 9e édition du Dictionnaire de l'Académie française mentionne explicitement les deux graphies : « pluriel Glacials ou Glaciaux, glaciales ». Mais elle ajoute aussitôt une réserve claire : « On évite généralement d'employer Glacial au masculin pluriel. » Autrement dit, l'Académie ne condamne pas « glaciaux » comme une faute pure, elle recommande plutôt d'utiliser « glacials » quand le pluriel masculin est nécessaire, et de reformuler la phrase quand c'est possible.
Ce cas diffère aussi d'un débat réellement libre comme celui de « au final » ou « finalement », où deux tournures s'opposent sans qu'aucune ne soit officiellement préférée. Pour « glacial », le Larousse tranche nettement en faveur de « glacials », qu'il présente comme la forme la plus couramment employée. Sur CVsansfaute.fr, la consigne est donc simple : écrivez « glacials », et réservez « glaciaux » aux rares citations ou textes anciens qui l'emploient.
Rien de tel pour « glacial » : toutes les sources consultées (Larousse, Académie française, Robert) convergent vers « glacials » comme forme à privilégier, ce qui justifie de la présenter ici comme la réponse correcte.
Comment retenir « glacials » une fois pour toutes ?
Le moyen le plus fiable consiste à partir du féminin. Personne n'hésite sur « une nuit glaciale », « des nuits glaciales » : le féminin pluriel prend toujours un -s. Il suffit de retirer le -e final pour retrouver le masculin pluriel correct : glaciale → glacials. Ce réflexe fonctionne à chaque fois, sans exception.
Un test de substitution permet aussi de vérifier l'intuition : remplacez « glacial » par « natal » ou « fatal » dans la même phrase. On écrit « des pays natals » et « des accidents fatals », jamais « natals » à la manière de « chevaux ». « Glacial » appartient à cette même petite famille d'adjectifs en -al qui résistent à la règle majoritaire en -aux.
Retenez ce trio mental « natal, fatal, glacial » et le doute sur « glacials » ou « glaciaux » ne reviendra plus. Le nombre change tout, comme dans le cas voisin de « aucun » ou « aucuns », un autre pluriel qui déroute plus qu'il n'y paraît.
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