Nos conseils

Lettre de motivation et ATS : faut-il l'envoyer, comment l'optimiser

Sylvain CASSINIPublié le 27 juin 2026
Lettre de motivation et ATS : faut-il l'envoyer, comment l'optimiser

En résumé

L'ATS ne note pas votre lettre de motivation comme votre CV, mais un recruteur, souvent, l'ouvre quand même. Voici quand l'envoyer, et comment l'écrire pour lui, pas pour un algorithme.

Votre CV est-il sans faute ? Testez-le gratuitement face aux filtres ATS, score en 30 s.

Lettre de motivation et ATS : faut-il encore l'envoyer ?

Devant le formulaire de candidature, le champ est là, avec la mention « facultatif » juste à côté : « Lettre de motivation ». Un clic suffirait à passer directement à l'étape suivante, après tout, tous les guides le répètent depuis deux ans, l'ATS ne lirait que le CV. Alors pourquoi passer une heure à rédiger un texte que, prétend-on, personne n'ouvrira jamais ?

La question mérite mieux qu'un raccourci. Ce que fait réellement un logiciel de tri avec une lettre de motivation, ce qu'un recruteur en fait ensuite, et dans quels cas l'un ou l'autre change la donne : voilà ce que cet article démêle, sans supposition et sans statistique inventée là où aucune étude fiable n'existe. Les articles de ce cluster consacrés au CV, pourquoi un CV est rejeté par un ATS, comment un score ATS est calculé, ont déjà posé la mécanique côté CV. Ce sujet est le premier à traiter la lettre, parce que sa relation à l'ATS obéit à une logique différente.

Un ATS analyse-t-il vraiment la lettre de motivation ?

La réponse courte : généralement non, pas de la même façon que le CV, mais « pas de la même façon » ne veut pas dire « jamais consultée ». Il faut distinguer deux fonctions bien différentes d'un ATS. La première, l'extraction et la comparaison automatique d'un texte à une offre pour en tirer un score, s'applique systématiquement au CV : c'est lui que le logiciel lit, découpe en champs et compare terme à terme à la fiche de poste. La seconde, le simple stockage d'un document consultable par un humain, correspond le plus souvent au sort réservé à la lettre de motivation.

Dans la grande majorité des logiciels de candidature, la lettre occupe un champ distinct du CV, souvent facultatif, dont la vocation documentée par les éditeurs eux-mêmes diffère nettement. Greenhouse, l'un des ATS les plus utilisés par les entreprises de taille intermédiaire et grande, décrit publiquement dans son centre d'aide le sort réservé à ce document : une lettre déposée par un candidat apparaît comme pièce jointe sur son profil, aux côtés du CV, consultable par le recruteur qui choisit de l'ouvrir. Rien, dans cette documentation, ne mentionne un score ou un classement automatique basé sur son contenu, contrairement au traitement réservé au CV.

Il faut être honnête sur les limites de ce constat. Contrairement au mythe des « 75 % de CV rejetés automatiquement », démonté point par point par une enquête dédiée, il n'existe à ce jour aucune étude publique, à grande échelle et avec une méthodologie transparente, qui mesure spécifiquement si les ATS du marché notent ou non le contenu d'une lettre de motivation comme ils notent un CV. La documentation d'un éditeur, aussi utilisé soit-il, illustre une pratique, elle ne prouve pas une règle valable pour l'ensemble des logiciels. Ce qu'on peut affirmer avec prudence, en croisant cette documentation à la logique même du tri automatisé, c'est qu'un ATS a besoin d'un texte structuré et directement comparable à une offre pour calculer un score, et qu'une lettre de motivation, texte libre et narratif par nature, s'y prête nettement moins bien qu'un CV organisé en rubriques standard.

En pratique, cela déplace la question à se poser. Ce n'est pas « l'algorithme va-t-il repérer mes mots-clés ? » mais « qui, humainement, ouvrira ce document, et à quel moment du recrutement ? ». Cette distinction n'a rien d'anecdotique : elle détermine si vous devez écrire pour convaincre un lecteur unique, à un moment précis du processus, ou pour franchir d'abord un filtre automatique avant même qu'un humain n'intervienne : deux exercices d'écriture qui n'obéissent pas aux mêmes règles.

Ce que montre la seule étude chiffrée sur la lettre encore demandée

Une donnée sourcée existe bien, mais elle ne porte pas sur le comportement d'un logiciel : elle porte sur le comportement des entreprises elles-mêmes. L'étude Apec « Pratiques de recrutement de cadres », édition 2025 (enquête menée en 2024 auprès de 1 000 entreprises de 10 salariés et plus ayant recruté au moins un cadre), établit qu'en 2024, une entreprise sur deux a demandé au moins une fois une lettre de motivation à ses candidats, contre près de 70 % avant 2022. Les PME sont plus nombreuses à s'en passer (49 %) que les grandes entreprises (56 %).

La même étude documente, en parallèle, la progression des logiciels de recrutement : la part d'entreprises utilisant un ATS est passée de 25 % en 2021 à 35 % en 2024, une progression continue, mais qui laisse l'ATS minoritaire tous secteurs confondus, sa diffusion restant concentrée dans les grandes structures. L'Apec relie explicitement le recul du recours à la lettre à la montée d'une autre pratique : la présélection téléphonique, utilisée par 69 % des entreprises pour au moins un recrutement de cadre en 2024, contre 58 % en 2018. Autrement dit, quand une entreprise abandonne la lettre, ce n'est pas prioritairement au profit d'un algorithme plus sévère, c'est le plus souvent au profit d'un appel téléphonique de quelques minutes, mené par un humain.

Ce que cette donnée change concrètement pour vous : une lettre encore demandée par une entreprise sur deux n'est pas un vestige administratif. C'est un document qu'un être humain, recruteur ou responsable du poste, lira très probablement, la vraie question devient donc de savoir dans quels cas ce document pèse réellement sur la décision.

Dans quels cas l'envoyer change vraiment la donne

Cinq situations où la lettre de motivation mérite un vrai investissement, ATS ou pas :

  • Elle est explicitement demandée. Un champ marqué obligatoire dans le formulaire, ou une consigne explicite dans l'offre, ne laisse pas le choix : son absence peut à elle seule écarter une candidature au stade du dépôt, avant même toute question de contenu.
  • La candidature spontanée. Sans offre ouverte ni fiche de poste précise à comparer, il n'y a rien à faire correspondre automatiquement. La lettre porte alors seule l'explication du « pourquoi cette entreprise, pourquoi maintenant », qu'aucun CV ne peut transmettre.
  • Un parcours qui sort des cases standards. Reconversion, trou dans le parcours, changement de secteur : un ATS classe mal ce qui ne colle pas mot pour mot à une offre. L'étude Harvard Business School menée avec Accenture (« Hidden Workers: Untapped Talent », 2021, plus de 2 000 dirigeants interrogés) montre que 88 % des employeurs reconnaissent que leur propre système écarte des candidats qualifiés dont le profil ne correspond pas exactement aux critères recherchés. La lettre est l'endroit où raconter, en langage humain, ce qu'aucun mot-clé ne peut résumer.
  • Une petite structure, probablement sans ATS. Dans les PME, l'usage d'un logiciel de recrutement reste minoritaire (17 % selon l'Apec, en progression limitée) : la lettre y a de bonnes chances d'être lue directement par la personne qui décide.
  • Un poste où l'écrit lui-même est évalué. Communication, rédaction, relation client : quand la qualité du français et de l'argumentation font partie des compétences testées, la lettre devient de fait un exercice noté humainement.

Ces cinq cas ont un point commun : dans chacun, l'audience réelle de la lettre est une personne, pas un score. C'est cette audience qu'il faut avoir en tête au moment de l'écrire, pas un algorithme hypothétique.

Comment optimiser une lettre de motivation face à un ATS, si elle est demandée

Optimiser une lettre de motivation ne veut pas dire la truffer de mots-clés comme un CV : la logique reste celle d'un texte écrit pour un humain, avec trois réglages qui comptent malgré tout, y compris quand un ATS entre dans le circuit.

  • Les mots-clés, avec mesure. Reprendre deux ou trois termes exacts de l'offre, intitulé du poste, compétence phare, glissés dans une phrase naturelle plutôt qu'alignés en liste, suffit largement. La mécanique complète (extraction, placement, mot exact plutôt que synonyme) est détaillée dans notre méthode complète pour choisir les mots-clés d'un CV ; elle s'applique presque telle quelle à la lettre, avec une nuance : une lettre saturée de mots-clés se voit immédiatement à la lecture humaine, ce qui n'est pas le cas d'un CV plus fragmenté.
  • La longueur, inchangée. Une page, 250 à 350 mots, ni plus ni moins, les repères complets figurent dans notre article dédié sur quelle longueur pour une lettre de motivation. Un texte plus long n'améliore aucun score : il diminue simplement la probabilité qu'un recruteur pressé le lise jusqu'au bout.
  • Le format de fichier. Un PDF texte, jamais une image ni un export graphique, sans colonnes ni éléments décoratifs qui casseraient l'extraction si le document venait à être stocké et recherché par mots-clés dans la base du recruteur, les mêmes règles que pour le CV compatible ATS, transposées à un document plus court.

Ces trois réglages ont un mérite commun : ils demandent quelques minutes, sans jamais transformer la lettre en exercice mécanique, ce qui la rendrait, paradoxalement, moins efficace face à son vrai lecteur.

Reste une question pratique, propre à l'envoi par mail plutôt qu'au dépôt sur un formulaire ATS : pièce jointe ou corps du message ? Quand un formulaire de candidature propose un champ dédié à la lettre, déposez-y systématiquement un PDF, c'est ce champ, et non le corps d'un éventuel mail d'accompagnement, que le dossier conservera. Pour une candidature envoyée directement par mail, sans ATS interposé, notre article sur comment envoyer une lettre de motivation par mail détaille l'arbitrage entre pièce jointe et corps du message, ainsi que l'objet et le nom de fichier à choisir.

Lettre de motivation et CV : deux logiques différentes face au tri automatique

Résumons la différence, parce qu'elle structure toute la suite. Le CV est le document que l'ATS extrait, compare et classe systématiquement, c'est lui qui détermine, en grande partie, si votre candidature émerge du lot, comme le détaille notre hub sur le calcul du score ATS. La lettre de motivation, elle, échappe le plus souvent à ce traitement automatique et reste un document que seul un humain choisit, ou non, d'ouvrir. Cette différence n'en fait pas un document secondaire, elle en fait un document différent, avec une autre finalité et un autre lecteur.

Pour la structurer, au-delà de sa seule compatibilité avec un ATS, notre guide comment faire une lettre de motivation détaille l'ensemble des sections attendues, de l'accroche à la formule de politesse. Une fois cette base posée, les trois réglages vus plus haut, mots-clés mesurés, longueur maîtrisée, format de fichier propre, s'ajoutent en quelques minutes, sans jamais transformer une lettre écrite pour convaincre en un texte écrit pour un algorithme.

En résumé : la lettre de motivation, un document humain avant tout

Un ATS ne note généralement pas une lettre de motivation comme il note un CV, mais il n'en fait pas disparaître l'utilité pour autant. Une entreprise sur deux la demande encore en 2024 selon l'Apec, et dans cinq situations précises, candidature spontanée, parcours atypique, petite structure, poste où l'écrit compte, ou simplement mention obligatoire, elle continue de peser directement sur la décision d'un recruteur. Écrivez-la pour cette personne-là, pas pour un score : les quelques réglages qui comptent face à un logiciel de tri s'ajoutent en quelques minutes, sans jamais dénaturer le texte. Et si c'est justement sa rédaction qui vous résiste, vous pouvez faire relire votre lettre de motivation par un correcteur professionnel avant l'envoi.

Une lettre de motivation compte-t-elle vraiment face à un ATS ?

Rarement de la même façon qu'un CV : l'ATS extrait et compare le CV à l'offre pour calculer un score, alors que la lettre occupe le plus souvent un champ distinct, stocké mais non noté selon la documentation publique d'éditeurs comme Greenhouse. Elle compte en revanche pour le recruteur qui l'ouvre ensuite, une entreprise sur deux en demande encore une, selon l'Apec (2025).

Faut-il envoyer une lettre de motivation si elle n'est pas demandée ?

Pour une candidature spontanée, oui, systématiquement : c'est le seul document qui explique votre démarche. Pour une offre où le champ est marqué facultatif, cela dépend du profil : un parcours atypique, une petite structure ou un poste où l'écrit compte gagnent à en avoir une ; un processus très standardisé en grande entreprise en tire un bénéfice plus limité, sans que l'envoyer nuise jamais à la candidature.

Quel format de fichier pour une lettre de motivation face à un ATS ?

Un PDF contenant du texte réel, jamais une image ou un export d'outil graphique, avec une mise en page simple, sans colonnes ni zones de texte insérées. C'est la même règle que pour un CV compatible ATS, transposée à un document d'une seule page.

Combien de mots-clés faut-il dans une lettre de motivation ?

Deux ou trois suffisent : l'intitulé exact du poste et une ou deux compétences phares de l'offre, intégrés dans des phrases naturelles. Contrairement au CV, où une quinzaine de mots-clés répartis en rubriques reste la norme, une lettre saturée de mots-clés se remarque immédiatement à la lecture et produit l'effet inverse de celui recherché.

La lettre de motivation remplace-t-elle un CV optimisé pour l'ATS ?

Non, jamais. Le CV reste le document de référence que l'ATS extrait, compare à l'offre et classe parmi les autres candidatures. Une lettre excellente ne compense pas un CV mal formaté ou mal ciblé : elle s'ajoute au dossier, elle ne s'y substitue pas.

Votre CV est-il prêt ?

Testez gratuitement votre score ATS ou commandez une correction par un expert.

Articles similaires