« Nourrir » ou « nourir » : laquelle est correcte ?

En résumé
« Nourrir » ou « nourir » : quelle est la bonne orthographe de ce verbe courant ? La réponse est tranchée : seul « nourrir », avec deux r, est correct. L'Académie française ne reconnaît aucune tolérance pour « nourir ».
« Nourrir » ou « nourir » : laquelle est correcte ?
La réponse est sans ambiguïté : on écrit nourrir, avec deux r. La graphie « nourir », avec un seul r, est une faute d'orthographe pure et simple. Il n'existe aucune exception, aucune tolérance orthographique, aucun contexte où « nourir » serait admis. Ce verbe du deuxième groupe se conjugue comme finir, et son radical nourr- conserve ses deux r à tous les temps et à toutes les personnes : il nourrissait, elle nourrira, nous nourrirons.
« Ce projet nous a nourris intellectuellement pendant des mois. » (bilan annuel d'une équipe de R&D)
« Elle nourrit une ambition légitime d'évoluer vers un poste de management. » (lettre de recommandation professionnelle)
« Se nourrir de lectures variées est l'une des meilleures façons d'enrichir son style rédactionnel. » (conseil de formation)
D'où vient le verbe « nourrir » ?
Le verbe nourrir est issu du latin nutrire, qui signifiait « allaiter, élever, entretenir ». Ce verbe latin appartient à la même famille étymologique que nutrition, nutriment et nourrisson. En passant par l'ancien français norir (XIe siècle), puis nourrir (XIIe siècle), le doublement du r s'est imposé progressivement et définitivement. C'est précisément cet ancien français norir, avec un seul r, qui explique pourquoi certains scripteurs reviennent intuitivement à cette graphie archaïque. Mais en français moderne, cette forme a disparu depuis près de huit siècles.
On retrouve la même évolution dans la famille lexicale : nourriture, nourrissant, nourrissage portent tous le double r. Il n'existe dans le dictionnaire de l'Académie française aucun dérivé de ce verbe qui s'écrive avec un r unique. Ce double r est donc une constante absolue de toute la famille de mots.
Pourquoi tant de gens écrivent-ils « nourir » avec un seul r ?
La confusion vient de l'analogie avec deux verbes voisins : mourir et courirCes deux verbes s'écrivent avec un seul r à l'infinitif, on écrit bien « mourir » et non « mourrir », « courir » et non « courrir ». Ce modèle en -ourir imprime inconsciemment un schéma : les verbes en -ourir n'auraient qu'un seul r. Sauf que nourrir n'appartient pas au même groupe verbal que ses cousins phonétiques.
Mourir et courir sont des verbes du troisième groupe (verbes irréguliers). Nourrir, lui, appartient au deuxième groupe, comme finir ou choisir. Son radical est nourr- (avec deux r) et non nour-. C'est ce radical qui s'entend distinctement dans certaines conjugaisons : « il nourrit », « nous nourrissons », « en nourrissant ». Selon le Projet Voltaire, les confusions liées aux consonnes doubles figurent parmi les fautes les plus fréquentes dans les écrits professionnels. Cette erreur est d'autant plus redoutable qu'elle passe souvent inaperçue à l'oral, les deux r ne produisant pas de son différent selon leur nombre. Comme pour les confusions de consonnes doubles comme connexion ou connection, seule la mémorisation de la graphie correcte permet de ne plus se tromper.
« Nourir » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Non. L'Académie française ne tolère pas « nourir ». La neuvième édition de son Dictionnaire ne recense qu'une seule graphie : nourrirIl n'existe aucune mention de variante admise, aucune note de tolérance rectificative, aucune parenthèse. Contrairement à d'autres débats orthographiques où l'Académie française a officiellement accepté deux graphies, par exemple en admettant « nénufar » aux côtés de « nénuphar », ou en validant « évènement » à côté d'« événement », la question du double r dans « nourrir » n'est pas un débat ouvert.
On peut comparer cette situation à d'autres termes où l'orthographe semble « logiquement » simplifiable mais ne l'est pas : dilemme ou dilemne illustre parfaitement comment une simplification phonétique intuitive peut produire une faute grave. Dans les deux cas, l'Académie maintient la graphie étymologique sans compromis. Écrire « nourir » dans un CV ou une lettre de motivation signale immédiatement un déficit de maîtrise orthographique à un recruteur averti.
Comment retenir « nourrir » avec deux r une fois pour toutes ?
Le moyen mnémotechnique le plus efficace est celui proposé par les spécialistes de l'orthographe : on se nourrit au moins deux fois par jour, donc deux r à nourrirPar contraste, on ne meurt qu'une seule fois, d'où un seul r à « mourir ». Cette asymétrie se mémorise instantanément et ne se perd plus.
On peut aussi utiliser le test du dérivé : si vous hésitez, pensez à nourriture ou nourrissant, deux mots où les deux r s'entendent clairement et ne font pas de doute. Si le dérivé prend deux r, c'est que le verbe en prend deux aussi. Enfin, vérifiez systématiquement la cohérence dans vos écrits : un nourrissant bien orthographié dans un même paragraphe qu'un « nourir » fautif serait une incohérence flagrante qu'un recruteur remarquerait immédiatement. Pour les autres fautes fréquentes qui peuvent coûter cher dans un document professionnel, consultez notre article sur les erreurs de consonnes doubles à éviter et notre dossier sur les pièges orthographiques les plus courants.
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