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« Un espèce de » ou « une espèce de » : lequel est correct ?

Sylvain CASSINIPublié le 9 mai 2026
« Un espèce de » ou « une espèce de » : lequel est correct ?

En résumé

« Un espèce de » ou « une espèce de » : laquelle de ces deux formes est correcte ? La réponse est tranchée : il faut toujours écrire « une espèce de », car le mot espèce est féminin, même suivi d'un complément masculin. L'Académie française le confirme sans ambiguïté.

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« Un espèce de » ou « une espèce de » : laquelle est correcte ?

La réponse est sans appel : il faut toujours écrire « une espèce de », avec l'article féminin. Le mot espèce est féminin en français et reste féminin quel que soit le genre du nom qui suit. Dire « un espèce de voyou » ou « un espèce de charlatan » est une faute de genre.

Cette règle s'applique quelle que soit la nature du complément : masculin, féminin, singulier ou pluriel. Espèce est toujours féminin, comme sorte ou manière.

Une espèce de génie, il a tout résolu en cinq minutes.
C'est une espèce de contrat verbal, sans écrit.
Il portait une espèce de chapeau informe.

D'où vient le mot « espèce » et son genre féminin ?

Le mot espèce vient du latin species, dérivé du verbe specere, « regarder, observer ». En latin, species désignait l'apparence, l'aspect visible d'une chose. C'est par cette idée d'apparence générale que le français a hérité du sens de « sorte, type, genre ».

En latin, species était un nom féminin de la cinquième déclinaison. Le français a conservé ce genre féminin sans aucune altération. Depuis le Moyen Âge, espèce est féminin dans tous les textes : juridiques, scientifiques, littéraires.

Au XVIIIe siècle, Buffon emploie le mot dans ses travaux de classification naturelle : « une espèce animale », « une espèce végétale ». La biologie a ensuite figé ce terme dans son genre féminin de manière définitive, et le sens populaire de « sorte de » a suivi la même règle grammaticale.

En droit, l'expression « en l'espèce », c'est-à-dire « dans ce cas précis », est également féminine et reste invariable. Ce sens juridique illustre bien que le genre du mot n'a jamais prêté à confusion dans les registres formels.

Pourquoi tout le monde dit « un espèce de » ?

La faute s'explique par un phénomène d'attraction de genre : le locuteur oublie le genre d'espèce et accorde l'article avec le nom qui suit. Si ce nom est masculin, « voyou », « idiot », « charlatan », l'oreille glisse naturellement vers « un ». Le cerveau anticipe le genre du complément et saute par-dessus le mot espèce.

Ce mécanisme est bien documenté en linguistique. On l'appelle l'accord par syllepse ou accord de sens. Il arrive souvent quand un nom féminin introduit un groupe nominal dont la tête sémantique est masculine. Le locuteur accorde instinctivement avec le référent réel plutôt qu'avec le genre grammatical du premier nom.

Le Projet Voltaire classe cette erreur parmi les fautes commises « une fois sur deux » dans les écrits courants. Elle est particulièrement fréquente à l'oral, où l'attraction de genre s'opère sans que le locuteur en ait conscience.

Un autre facteur aggravant : des noms comme sorte et manière, féminins comme espèce, subissent parfois la même confusion. Mais dans leur cas, le complément masculin est moins courant, ce qui rend la faute moins fréquente. On retrouve une mécanique similaire dans la confusion entre voir ou voire : deux formes qui se ressemblent à l'oral mais obéissent à des règles grammaticales distinctes.

« Un espèce de » : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non. L'Académie française est formelle : « Le mot espèce est féminin, et doit le rester lorsqu'il est suivi d'un complément. On dira une espèce de camion comme une espèce de charrette, une espèce de voyou comme une espèce de canaille. » Cette mise au point a été publiée dans la rubrique « Emplois fautifs » de son site officiel.

Il n'existe aucune tolérance officielle pour « un espèce de ». L'Académie n'a pas rectifié cette règle, ni dans la 9e édition de son dictionnaire, ni dans ses communiqués récents. Le masculin reste une faute de genre caractérisée.

Certains débats orthographiques ont abouti à une double acceptation : nénuphar et nénufar coexistent dans les dictionnaires. Mais pour espèce, aucune tolérance de ce type n'a été accordée. La forme fautive reste fautive, même fréquente.

Le Larousse et Le Robert mentionnent l'usage populaire du masculin dans un registre familier, mais le classifient explicitement comme incorrect en langue soignée. Dans un email professionnel, un rapport ou une lettre de motivation, écrire « un espèce de » serait perçu comme une négligence. Même logique que pour la confusion entre à tord ou à tort : l'usage courant d'une forme erronée ne la légitime pas.

Comment retenir « une espèce de » une fois pour toutes ?

Le meilleur moyen mnémotechnique est la substitution par un synonyme féminin incontestable. Remplacez mentalement « espèce de » par « sorte de » ou « manière de ». Ces deux synonymes sont eux aussi féminins et ne créent aucune hésitation : on ne dirait jamais « un sorte de » ni « un manière de ». Si la phrase sonne bien avec « une sorte de », c'est qu'il faut écrire « une espèce de ».

Test de substitution à appliquer avant d'écrire :

  • Remplacez « espèce de » par « sorte de » → si la phrase reste naturelle, l'article féminin est confirmé.
  • « Un sorte de voyou » sonne faux immédiatement → preuve que le féminin est obligatoire.
  • Mémo visuel : espèce → une espèce → féminin, toujours.

Une autre astuce : pensez à l'expression juridique « en l'espèce », toujours féminine et figée. Elle rappelle que le mot n'a jamais changé de genre dans la langue formelle. Enfin, retenez que le nom espèce, comme près de ou prêt de, est l'un de ces pièges grammaticaux où l'oral trahit l'écrit : la faute s'entend si mal qu'on finit par ne plus la voir.

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