« À l'envi » ou « à l'envie » : laquelle est correcte ?

En résumé
« À l'envi » ou « à l'envie » ? La bonne orthographe est « à l'envi », sans e final, comme l'enregistrent l'Académie française et les dictionnaires.
« À l'envi » ou « à l'envie » : laquelle est correcte ?
La bonne orthographe est « à l'envi », sans e final. Cette locution adverbiale signifie « à qui mieux mieux » : on fait quelque chose en rivalisant avec d'autres, avec une ardeur croissante. « À l'envie » est une faute, produite par l'homophonie avec le nom « envie » (le désir). Les deux mots se prononcent pareil, mais ils n'ont ni la même origine ni le même sens.
« Les cigales chantent à l'envi dans les pins. » (chacune cherche à couvrir le chant des autres)
« Les journaux ont repris la rumeur à l'envi. » (à qui mieux mieux, sans que personne ne veuille être en reste)
« Ils se renvoyaient la balle à l'envi pendant la réunion. » (en surenchérissant les uns sur les autres)
Retenez que « envi » sans e ne vit pratiquement plus que dans cette expression. Partout ailleurs, le mot courant est « envie » : « avoir envie de partir », « une envie de chocolat ». Si vous voulez dire que quelqu'un désire quelque chose, c'est « envie ». Si vous voulez dire qu'on rivalise ou qu'on fait quelque chose à profusion, c'est « à l'envi ».
D'où vient l'expression « à l'envi » ?
« Envi » est un très vieux mot du français. En ancien français, il désignait un défi, une provocation, une mise lancée au jeu. Il dérive du verbe « envier », qui signifiait alors « inviter, convier », lui-même venu du latin « invitare » (inviter). Dans les jeux de cartes du Moyen Âge et de la Renaissance, « envier » voulait dire surenchérir : un joueur annonçait une mise, l'autre « envyait » en doublant.
De cette idée de surenchère naît la locution « à l'envi », attestée depuis le Moyen Âge : faire quelque chose « à l'envi », c'est le faire en défiant l'autre de faire mieux, donc en rivalisant. Le Larousse la range parmi les expressions littéraires et la glose par « à qui mieux mieux », en signalant qu'il faut écrire « envi » sans e.
Le nom « envie » (sentiment, désir) a une tout autre origine : il vient du latin « invidia », la jalousie. Le sens de convoitise s'est ensuite élargi à tout désir. Deux mots latins distincts, « invitare » et « invidia », ont donc fini par se confondre à l'oral et à l'écrit.
Pourquoi tout le monde écrit « à l'envie » ?
D'abord, l'homophonie : à l'oreille, rien ne distingue « envi » de « envie ». Ensuite, un effet d'analogie : le mot « envie » est omniprésent dans la langue, alors que « envi » n'existe plus seul. Le cerveau, qui ne reconnaît plus le mot « envi », le corrige spontanément en « envie », qu'il connaît bien.
S'ajoute le fait que « à l'envi » appartient à un registre soutenu, qu'on rencontre surtout à l'écrit, dans les textes littéraires et la presse. Peu de locuteurs l'ont vue écrite souvent, et la faute se propage par imitation : plus on lit « à l'envie » sur des sites et des réseaux sociaux, plus elle paraît normale.
C'est un mécanisme que l'on retrouve dans d'autres locutions déformées par l'oreille, comme « pesant d'or » devenu « besant d'or » : l'expression survit, mais son mot-clé a disparu du vocabulaire courant, donc on le remplace par un mot familier qui sonne pareil.
« À l'envie » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Non. Le Dictionnaire de l'Académie française ne connaît que la locution « à l'envi », sans e final. Elle ne présente pas « à l'envie » comme variante admise, et le Larousse précise la graphie sans e. Ce n'est pas un cas de double orthographe comme on en trouve parfois : une seule forme est correcte.
Les rectifications de 1990 n'y changent rien : elles portent sur d'autres points (traits d'union, accents, pluriels de mots composés) et n'ont pas modifié cette locution. Écrire « à l'envie » reste une faute d'orthographe lexicale, que les correcteurs professionnels et les recruteurs relèvent aisément dans une lettre de motivation ou un CV.
Le même réflexe vaut pour les autres locutions en « à l'… » qui se confondent à l'oreille. Pour une distinction du même ordre, entre deux mots qui se prononcent presque pareil, voyez « à l'attention » ou « à l'intention ».
Comment retenir « à l'envi » une fois pour toutes ?
Premier moyen mnémotechnique : « envi » et « défi » se terminent tous deux par un i, et c'est justement le sens d'origine de « envi » : un défi lancé à l'autre. Pas de e, parce qu'il n'y a pas de désir en jeu, seulement de la rivalité.
Deuxième moyen, le test de substitution : remplacez la locution par « à qui mieux mieux ». Si la phrase garde son sens, c'est « à l'envi ». Si vous pouvez la remplacer par « avec désir » ou la faire suivre de « de » + infinitif, c'est le nom « envie », et il se construit autrement : « avoir l'envie de », jamais « à l'envie de ».
- « À l'envi » (sans e) : locution adverbiale, « à qui mieux mieux », rivalité ou profusion.
- « Envie » (avec e) : nom féminin, le désir. On l'emploie dans « avoir envie de », « l'envie de ».
- « À l'envie » : forme fautive, à proscrire dans tous les cas.
Pour éviter de confondre les mots proches qui se prononcent presque pareil, la méthode est la même qu'avec « obnubilé », « obnublié » et « omnibulé » : se demander quel est le sens exact, puis retrouver l'origine du mot.
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