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« Date » ou « datte » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 10 avril 2025
« Date » ou « datte » : laquelle est correcte ?

En résumé

« Date » avec un t ou « datte » avec deux t ? La réponse dépend du sens : le calendrier prend un t, le fruit du palmier-dattier en prend deux. L'Académie française distingue ces deux homophones sans aucune tolérance croisée.

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« Date » ou « datte » : laquelle est correcte ?

Les deux mots existent et sont tous les deux corrects, mais ils ne désignent pas la même réalité. Date (avec un seul t) indique un moment dans le temps : un jour, un mois, une année. Datte (avec deux t) est le fruit sucré du palmier-dattier, consommé depuis des millénaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Écrire « une datte de naissance » ou « la date de Medjool » constitue dans chaque cas une faute d'orthographe. Il n'existe aucune tolérance officielle pour l'usage croisé de ces deux graphies.

« La date limite de dépôt du dossier est fixée au 30 juin. » (date = moment dans le temps, un seul t)
« Elle a rapporté un sachet de dattes séchées du marché de Marrakech. » (datte = le fruit du palmier-dattier, deux t)
« Quelle est la date de péremption de ce paquet de dattes ? » (les deux mots dans la même phrase, sans confusion possible)

D'où viennent les mots « date » et « datte » ?

Ces deux homophones ont des étymologies radicalement différentes, ce qui explique, et justifie, leurs orthographes distinctes.

Date vient du latin data (participe passé de dare, « donner »). Au Moyen Âge, les scribes latins ouvraient leurs lettres par la formule data Romae (« donnée à Rome »), suivie du jour d'écriture. Le mot a glissé de l'acte d'écriture vers l'indication temporelle elle-même. En français, date est attesté dès le XIVe siècle avec son sens actuel.

Datte suit un tout autre chemin. Le mot est emprunté au latin médiéval dactylus, lui-même issu du grec dactylos (« doigt »), par analogie avec la forme allongée du fruit. Le terme apparaît en français au XIIIe siècle. Le palmier-dattier lui-même, Phoenix dactylifera, est cultivé depuis plus de 6 000 ans dans le bassin de l'Euphrate. La double consonne de datte reflète l'évolution phonétique du mot à travers le latin tardif et l'ancien français.

Deux étymologies sans rapport, deux graphies distinctes : la langue française a choisi de ne pas les uniformiser, et l'Académie française n'a jamais remis ce choix en question.

Pourquoi confond-on si souvent « date » et « datte » ?

La confusion ne vient pas d'une méconnaissance des deux mots, mais d'une hésitation purement graphique. À l'oral, « date » et « datte » sont des homophones parfaits : ils se prononcent exactement de la même façon ([dat] en phonétique internationale). Le cerveau enregistre un seul son et doit décider, au moment d'écrire, s'il faut un ou deux t, sans que l'oreille puisse trancher.

S'ajoutent à cela plusieurs mots courants qui renforcent l'attraction vers le double t : « natte », « batte », « patte », « latte », « ratte » (la pomme de terre). Ces mots de la même famille phonétique créent une tendance inconsciente à doubler la consonne. La logique fautive est : « j'entends [dat], et d'autres mots qui sonnent pareil s'écrivent avec deux t, donc j'écris datte ». C'est précisément ce mécanisme d'analogie qui trompe les scripteurs.

La même confusion de consonne doublée touche d'autres paires d'homophones. Les lecteurs qui hésitent entre « amande » et « amende » reconnaîtront le même mécanisme : deux mots distincts, une prononciation identique, une seule bonne orthographe selon le sens.

« Datte » pour le calendrier : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non. L'Académie française ne tolère aucune confusion entre ces deux mots. Le Dictionnaire de l'Académie française (9e édition) traite « date » et « datte » comme deux entrées distinctes et sans renvoi l'une vers l'autre. Il n'existe aucune note de tolérance, aucune mention d'usage alternatif, aucune variante admise.

La distinction date/datte n'a jamais fait l'objet d'une discussion académique. Elle repose sur deux étymologies sans rapport, deux sens sans chevauchement, deux graphies stables depuis des siècles. Il n'y a ici aucune zone grise.

Écrire « une datte de naissance » dans un CV ou une lettre de motivation constitue une faute que tout recruteur formé remarquera. Comme pour la confusion entre « sel » et « selle », un seul t ou deux t peut suffire à signaler un manque d'attention au détail, qualité pourtant attendue dans la plupart des postes.

Comment retenir « date » et « datte » une fois pour toutes ?

La règle est simple une fois qu'on l'a formulée clairement : le nombre de t correspond au nombre de réalités impliquées.

Un seul t pour quelque chose d'abstrait (le temps, le calendrier) : date → 1 t → une notion temporelle.

Deux t pour quelque chose de concret (le fruit, qu'on peut toucher et goûter) : datte → 2 t → un objet physique.

Le test de substitution est encore plus fiable. Posez-vous la question : « est-ce que je parle d'un moment dans le temps ? » Si oui : un seul t. « Est-ce que je parle du fruit du palmier-dattier ? » Si oui : deux t. La confusion n'est jamais possible entre ces deux sens, car ils ne se recoupent à aucun moment.

Ce principe, une lettre de différence qui change tout le sens, se retrouve dans de nombreux couples d'homophones. C'est exactement le même mécanisme qui distingue « raisonner » et « résonner » : deux mots phonétiquement proches, deux sens sans rapport, zéro tolérance de l'Académie pour la confusion.

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