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« Raisonner » ou « résonner » : lequel est correct ?

Sylvain CASSINIPublié le 6 mars 2024
« Raisonner » ou « résonner » : lequel est correct ?

En résumé

Raisonner ou résonner, quelle différence ? Ce sont deux mots distincts : "raisonner" fait appel à la raison, "résonner" produit un son. L'Académie française les distingue clairement.

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« Raisonner » ou « résonner » : laquelle est la bonne orthographe ?

Les deux formes sont correctes, mais elles ne désignent pas la même chose. Raisonner (un seul n central) signifie faire usage de sa raison : réfléchir, argumenter, convaincre quelqu'un par la logique. Résonner (deux n) signifie produire ou renvoyer un son, vibrer, retentir. Ces deux verbes sont des homophones parfaits : ils se prononcent identiquement, mais leurs sens sont totalement distincts. Les employer l'un à la place de l'autre constitue une faute sémantique grave que l'Académie française ne tolère pas.

« Les cloches de la cathédrale résonnent chaque dimanche matin. » (résonner = produire un son qui se propage)
« Il a essayé de raisonner son associé avant la réunion, sans succès. » (raisonner = convaincre par la raison)
« Sa voix résonnait dans le couloir vide du bureau. » (résonner = se propager avec écho)

D'où viennent les mots « raisonner » et « résonner » ?

Les deux verbes ont des étymologies radicalement différentes, ce qui explique pourquoi ils ne peuvent jamais se substituer l'un à l'autre.

Raisonner est attesté en français dès le XIIe siècle. Il dérive du latin ratio, rationis, qui signifie calcul, faculté de penser, raison. Ce mot latin a donné en français raison, rationnel, raisonnable, toute une famille lexicale liée à l'intellect. Raisonner, c'est exercer sa raison : argumenter, réfléchir méthodiquement, convaincre quelqu'un par des arguments logiques ou le ramener à une attitude plus réfléchie.

Résonner, lui, est issu du latin resonare, formé de re- (préfixe de répétition ou d'amplification) et sonare (faire du bruit), lui-même dérivé de sonus (son). Le préfixe re- indique un renvoi du son : c'est exactement ce que désigne résonner : produire un son qui se répercute, qui vibre, qui s'amplifie dans un espace. La famille de mots est ici celle du son : sonore, résonance, résonateur, ultrason. Le double n de résonner s'explique par la fusion phonétique de re- et sonare lors du passage en vieux français.

Ces deux familles étymologiques n'ont jamais eu de lien entre elles en latin ni en ancien français. La confusion est entièrement imputable à la prononciation moderne du français, qui a effacé les distinctions phonétiques que l'orthographe continue de refléter fidèlement.

À noter : l'adjectif « raisonnable » (de la famille de raison) est parfois mal orthographié « résonnable » par la même confusion sonore avec « résonner ». Notre article dédié à « raisonnable » ou « résonnable » détaille pourquoi seule la première graphie est correcte.

Pourquoi tant de personnes écrivent-elles « raisonner » à la place de « résonner » ?

La confusion ne s'explique pas par une difficulté grammaticale (les deux verbes sont réguliers du premier groupe) mais uniquement par l'homophonie. En français oral, raisonner et résonner sont indiscernables : même nombre de syllabes, même accentuation, même prononciation des consonnes. Aucune variation régionale ne permet de les distinguer à l'oreille.

Le Projet Voltaire, qui analyse des millions de copies d'étudiants et de professionnels français, classe les confusions d'homophones parmi les dix catégories de fautes les plus fréquentes dans les écrits professionnels. La paire raisonner / résonner y figure régulièrement : raisonner est de loin le mot le plus fréquent des deux dans la langue courante (on raisonne davantage qu'on ne résonne), ce qui pousse les scripteurs à l'appliquer mécaniquement dans tous les contextes, y compris sonores.

Ce phénomène touche de nombreuses autres paires d'homophones verbaux : c'est exactement le même mécanisme qui conduit à confondre compter et conter, deux verbes pourtant aux sens radicalement différents.

Confondre « raisonner » et « résonner » : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non. L'Académie française ne tolère aucune confusion entre raisonner et résonner. Ce sont deux lemmes distincts dans le dictionnaire, deux entrées autonomes avec des définitions sans rapport. Il n'existe aucun contexte dans lequel l'un pourrait remplacer l'autre sans changer fondamentalement le sens de la phrase.

Il existe des cas où l'Académie accepte des variantes orthographiques : elle tolère par exemple clé et clef pour désigner le même objet. Mais dans ces cas, les deux graphies renvoient exactement au même référent. Raisonner et résonner, en revanche, désignent deux actions complètement différentes. Les interchanger revient à confondre deux mots du dictionnaire, comme écrire « chêne » à la place de « chaîne » sous prétexte que les deux mots se ressemblent phonétiquement.

Cette faute est particulièrement dommageable dans un contexte professionnel. Dans un CV ou une lettre de motivation, toute confusion d'homophones signale un manque de maîtrise de l'écrit. D'autres confusions sémantiques du même ordre existent : c'est le cas de compte et conte, dont la confusion provoque les mêmes ravages dans les écrits professionnels.

Comment retenir la différence entre « raisonner » et « résonner » une fois pour toutes ?

Le moyen mnémotechnique le plus efficace repose sur les familles de mots : résonner contient « son » : quand on entend un son, une vibration, un écho, on écrit résonner. Raisonner contient « raison » : quand on réfléchit, on argumente, on convainc, on écrit raisonner.

Le test de substitution est la méthode la plus fiable : remplacez le verbe par retentir. Si la phrase garde son sens (« les cloches retentissent » fonctionne), c'est résonner. Si la substitution donne un résultat absurde (« il est impossible de le retentir » ne veut rien dire), c'est raisonner.

Cas particulier à retenir : « ses paroles ont résonné en moi » emploie résonner au sens figuré : les mots ont produit un écho intérieur, une vibration émotionnelle. On écrit bien résonner, pas raisonner, même si l'expression relève du registre intellectuel. Le test de substitution confirme : « ses paroles ont retenti en moi » est correct au sens figuré.

Les homophones à sens distincts sont nombreux en français et méritent une attention particulière à l'écrit. Consultez également notre article sur repaire et repère, une autre paire d'homophones dont la confusion trahit les rédacteurs même expérimentés.

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