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« En tout cas » ou « en tous cas » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 14 juin 2026
« En tout cas » ou « en tous cas » : laquelle est correcte ?

En résumé

« En tout cas » ou « en tous cas » : laquelle choisir ? La réponse est tranchée : seul « en tout cas » (sans s) est correct. « En tous cas » est une faute à éviter, que l'Académie française ne tolère pas.

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« En tout cas » ou « en tous cas » : laquelle est correcte ?

La réponse est sans ambiguïté : on écrit « en tout cas », avec « tout » au singulier, sans s final. « En tous cas » est une faute d'orthographe, même si elle est extrêmement répandue. La locution adverbiale signifie « quoi qu'il en soit » ou « de toute façon ». Le mot « cas » est ici pris dans un sens générique et abstrait, non comme un ensemble de cas multiples et dénombrables.

« En tout cas, merci pour votre retour rapide. » (mail professionnel)
« En tout cas, la décision finale lui appartient. »
« Je ne sais pas encore, mais en tout cas je vous tiendrai informé. »

Notez que cette locution est invariable. Elle ne s'accorde avec rien et ne se décline pas. On ne dit pas non plus « en tout les cas » (calque fautif de « dans tous les cas »), qui cumule deux erreurs en une.

D'où vient l'expression « en tout cas » ?

Le mot « cas » vient du latin « casus », qui désigne littéralement une chute, puis par extension un événement ou une circonstance. En français classique, « cas » a rapidement pris le sens de « situation », « circonstance » ou « hypothèse ». C'est ce sens abstrait que l'on retrouve dans de nombreuses locutions figées : « le cas échéant », « au cas où », « en cas de ».

Dans « en tout cas », le déterminant indéfini « tout » est employé au singulier pour signifier « quelle que soit la situation envisagée ». Il ne renvoie pas à un ensemble de cas concrets et dénombrables, mais à la totalité abstraite d'un domaine : « en toute hypothèse ». C'est le même « tout » que l'on trouve dans « tout compte fait », « tout bien considéré » ou « toute réflexion faite ».

La locution est attestée depuis au moins le XVIIe siècle dans la littérature française. Molière, La Fontaine et Voltaire l'utilisent toujours au singulier. C'est donc une forme ancienne et stabilisée, dont la graphie au pluriel est une invention récente sans fondement historique ni grammatical.

À noter : le nom composé « un en-tout-cas » (avec traits d'union) désigne aussi un type de parapluie-ombrelle utilisable par tous les temps. Cette curiosité lexicale montre que la forme singulière est tellement ancrée dans l'usage qu'elle a donné naissance à un substantif.

Pourquoi tout le monde écrit « en tous cas » ?

La confusion avec « en tous cas » s'explique par une analogie trompeuse avec d'autres expressions où « tous » est bien au pluriel : « dans tous les cas », « en toutes circonstances », « sous tous les angles ». Dans ces constructions, le nom est effectivement pluriel et l'accord est logique. Le scripteur transpose cette logique à « en tout cas » et croit corriger une faute… en en commettant une.

Un sondage du Projet Voltaire a montré que les erreurs sur « tout / tous » comptent parmi les dix confusions les plus fréquentes chez les francophones adultes, toutes catégories socio-professionnelles confondues. L'expression « en tous cas » est particulièrement piégeuse car elle semble logique : « s'il y a plusieurs cas possibles, ne faut-il pas les pluraliser ? » La réponse est non : la locution est figée et ne se décompose plus.

L'effet réseau aggrave la situation : dès que la faute circule dans les mails, les présentations PowerPoint et les tchats professionnels, elle finit par paraître normale, voire plus élégante. On voit le même phénomène avec « du coup », autre locution dont l'usage débordant en contexte professionnel brouille les repères orthographiques et stylistiques.

« En tous cas » : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non. L'Académie française ne tolère pas « en tous cas ». Les dictionnaires de référence, Le Robert et le Larousse, ne recensent que la forme singulière « en tout cas » dans leurs entrées. Aucune source normative francophone ne valide le pluriel.

Il est utile de comparer avec d'autres débats orthographiques où la tolérance existe. Elle a également toléré certaines simplifications de l'orthographe rectifiée de 1990. Mais « en tous cas » n'a jamais bénéficié d'une telle clémence : aucune délibération, aucune notice, aucun avis officiel ne valide cette forme.

La distinction est importante : certaines fautes deviennent des variantes officiellement reconnues après décennies d'usage intense. D'autres restent des fautes. « En tous cas » appartient à la seconde catégorie, au même titre que « soit-disant » : une confusion banalisée par l'usage, mais jamais réhabilitée par la norme.

Comment retenir « en tout cas » une fois pour toutes ?

Le test le plus simple : remplacez « en tout cas » par « de toute façon ». Si la substitution fonctionne, c'est bien le singulier qu'il faut. Or, on dit « de toute façon » (singulier), jamais « de toutes façons » dans ce sens-là. La cohérence est parfaite : locution figée au singulier → « en tout cas ».

Deuxième repère : si vous voulez vraiment parler de plusieurs cas distincts et dénombrables, utilisez « dans tous les cas » (avec l'article « les »). Cette formule-là, avec « tous » au pluriel, est parfaitement correcte. La présence de l'article « les » déclenche l'accord. En l'absence de cet article, pas d'accord : « en tout cas ».

Moyen mnémotechnique : pensez à « en tout état de cause » (synonyme soutenu). Là encore, « tout » est au singulier. Toutes ces locutions adverbiales fonctionnent de la même façon : elles expriment une généralité abstraite, pas une liste d'éléments concrets.

Ce type de confusion entre le singulier et le pluriel d'une locution figée n'est pas rare. On le retrouve par exemple avec « sans faute » ou « sans fautes », où la même logique s'applique : la locution figée prime sur l'accord spontané. Retenez la règle une fois, et vous ne douterez plus jamais.

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