
En résumé
« Leur » ou « leurs » : comment choisir ? La règle est absolue : leur reste invariable quand il est pronom personnel (je leur dis), mais prend un -s quand il est adjectif possessif devant un nom pluriel (leurs enfants). L'Académie française ne tolère aucune confusion entre ces deux fonctions.
« Leur » ou « leurs » : laquelle est la forme correcte ?
Les deux formes existent et sont correctes, mais dans des contextes rigoureusement différents. « Leur » est invariable quand il fonctionne comme pronom personnel complément indirect. Il prend un -s et devient « leurs » uniquement quand il est adjectif possessif placé devant un nom au pluriel. Ajouter un -s au pronom, ou l'oublier devant un nom pluriel, constitue dans les deux cas une faute d'orthographe grammaticale.
« Je leur ai transmis le dossier. » (leur = pronom, invariable, remplaçable par lui)
« Les candidats ont présenté leurs travaux. » (leurs = adjectif possessif devant un nom pluriel)
« L'entreprise leur a renouvelé leur confiance. » (premier leur = pronom invariable ; second leur = adjectif devant nom singulier)
Le test infaillible pour distinguer les deux : pouvez-vous remplacer « leur » par « lui » en changeant le sujet au singulier ? Si oui, c'est un pronom ; il reste invariable. Sinon, c'est un adjectif possessif qui doit s'accorder avec le nom qu'il précède.
D'où vient la distinction entre « leur » pronom et « leur » possessif ?
Le mot « leur » vient du latin illorum, génitif pluriel de ille (« celui-là »). En ancien français, la forme a évolué vers « lor », puis « leur », au fil des siècles. Dès le Moyen Âge, la langue distingue deux emplois : le pronom indirect (héritier direct du datif latin) et le déterminant possessif (héritier du génitif).
La grammaire classique du XVIIe siècle, notamment celle de Vaugelas, a codifié cette distinction avec précision. Le pronom personnel ne varie pas en nombre parce qu'il représente déjà un groupe de personnes (« leur » = à eux, à elles) : ajouter un -s serait une redondance illogique. L'adjectif possessif, lui, s'accorde avec le nom qu'il détermine, exactement comme « un » devient « des » ou « ce » devient « ces ».
Cette dualité de fonctions pour un même mot est caractéristique du français : la langue a hérité du latin une grande richesse grammaticale, qu'elle a simplifiée dans la forme tout en conservant les distinctions de sens. C'est pourquoi « leur » peut être pronom invariable dans une phrase et adjectif variable dans la suivante, sans que la graphie change ; seul le contexte syntaxique tranche.
Pourquoi tant de personnes hésitent encore entre « leur » et « leurs » ?
Selon les statistiques du Projet Voltaire, la confusion entre « leur » et « leurs » figure parmi les dix fautes grammaticales les plus fréquentes chez les adultes francophones, y compris dans les écrits professionnels. La raison principale : à l'oral, les deux formes sont strictement homophones. On n'entend aucune différence entre « je leur dis » et l'erreur « je leurs dis », ni entre « leurs enfants » et la faute « leur enfants ». L'oreille ne signale rien ; seule la règle grammaticale permet de trancher.
La difficulté est accentuée par le fait que « leur » peut apparaître plusieurs fois dans une même phrase avec des statuts différents : « Je leur ai présenté leurs candidats » est parfaitement correct : premier « leur » invariable (pronom), second « leurs » variable (adjectif). Cette alternance dans un espace réduit déstabilise même les scripteurs avertis.
On retrouve la même logique d'homophonie trompeuse dans d'autres confusions classiques comme « on » ou « ont » : deux formes qui sonnent identiques mais obéissent à des règles grammaticales radicalement différentes.
« Leurs » avec ou sans -s devant un verbe : une tolérance de l'Académie française ?
Non. L'Académie française est formelle : « leur » pronom personnel complément est invariable. Écrire « je leurs ai dit » ou « elle leurs a confirmé » constitue une faute sans appel, que rien ne justifie et qu'aucun usage ne valide. Le -s du pronom n'a aucune existence grammaticale, ni historique, ni logique.
La situation est bien différente de certains débats orthographiques où l'Académie admet des variantes. Par exemple, l'Institution tolère « évènement » en plus d'« événement ». Mais pour « leur » pronom, il n'y a jamais eu de flottement ni de tolérance : la règle est unique et constante depuis les grammairiens du XVIIe siècle.
Il en va de même pour « ce » ou « se » : deux mots homophones dont la confusion est une faute grammaticale franche, sans nuance ni tolérance académique.
Comment retenir la règle de « leur » et « leurs » une fois pour toutes ?
Deux tests complémentaires suffisent à ne plus jamais hésiter.
Test du remplacement par « lui » : mettez la phrase au singulier. Si « leur » peut être remplacé par « lui » sans changer le sens fondamental, c'est un pronom ; il reste invariable. « Je leur parle » → « Je lui parle » : oui, donc pas de -s. « Leurs projets avancent » → « Son projet avance » : on ne remplace pas par lui mais par son/ses, c'est donc un adjectif possessif, et il s'accorde avec le nom.
Test de position : « leur » placé directement devant un verbe ou un auxiliaire est toujours un pronom, invariable. « Leur » placé devant un nom est toujours un adjectif, il s'accorde avec ce nom. En résumé : leur + verbe = pas de -s ; leur + nom pluriel = leurs.
Le moyen mnémotechnique : imaginez que « leur » pronom est comme « lui », un pronom personnel ne prend jamais de -s de pluriel (on ne dit pas « luits »). Ce blocage sur « lui » ancre l'invariabilité de « leur » pronom de manière durable. Pour ceux qui confondent aussi d'autres homophones, la même logique de test s'applique à « a » ou « à » : remplacer par une autre forme conjuguée révèle immédiatement la fonction du mot et donc la graphie correcte.
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