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« Pétillant » ou « pétilleux » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 19 juillet 2026
« Pétillant » ou « pétilleux » : laquelle est correcte ?

En résumé

« Pétillant » ou « pétilleux » ? En français moderne, seul « pétillant » est correct. « Pétilleux », attesté au XIXe siècle puis écarté par l'Académie française, ne survit plus que comme régionalisme : l'« eau pétilleuse » s'entend encore en Sarthe.

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« Pétillant » ou « pétilleux » : laquelle est correcte ?

La réponse est nette : en français d'aujourd'hui, la seule orthographe correcte est « pétillant ». C'est le mot que retiennent le Larousse, Le Robert et l'Académie française pour parler d'une boisson qui mousse, d'un regard vif ou d'un esprit vif. La forme « pétilleux » existe bien dans quelques vieux dictionnaires, mais elle a disparu de l'usage standard : l'employer aujourd'hui est perçu comme une faute. On écrit donc un vin pétillant, une eau pétillante, jamais « pétilleuse ». Voici trois emplois corrects :

« Ce cidre pétillant accompagne à merveille le dessert. » (une boisson effervescente)
« Elle a un regard pétillant d'intelligence. » (un sens figuré, plein de vivacité)
« Nous avons servi un vin blanc pétillant bien frais. » (le vocabulaire de la table)

D'où vient l'adjectif « pétillant » ?

« Pétillant » est tout simplement le participe présent du verbe pétiller, devenu adjectif. Le verbe apparaît en français dès le XIVe siècle : il est formé sur l'ancien « pet », employé au sens de petit bruit sec, auquel s'ajoute le suffixe fréquentatif « -iller » qui exprime la répétition. Pétiller, c'est donc « produire une série de petits crépitements » : le bois qui pétille dans le feu, les bulles qui éclatent à la surface d'un verre. De ce verbe très vivant est né l'adjectif « pétillant », sur le même modèle que briller donne brillant, ou scintiller donne scintillant. La logique est régulière : un verbe en « -iller » forme son adjectif en « -illant ». C'est précisément cette régularité qui fait de « pétillant » la forme légitime, et qui condamne « pétilleux », construit sur un tout autre suffixe. L'adjectif s'est ensuite enrichi d'un sens figuré au XVIIe siècle : un esprit pétillant, une conversation pétillante, une joie pétillante.

Pourquoi certains écrivent-ils encore « pétilleux » ?

Trois raisons expliquent la survie de « pétilleux ». D'abord, le suffixe « -eux » est très productif pour fabriquer des adjectifs de qualité : mousseux, pulpeux, moelleux, crémeux… Par analogie, l'oreille reconstruit spontanément « pétilleux » à côté de « mousseux », deux mots du vocabulaire des boissons. Ensuite, il s'agit d'un phénomène proche de celui du participe présent employé comme adjectif : la frontière entre le verbe et l'adjectif crée des hésitations, comme on l'observe pour « convaincant » ou « convainquant ». Enfin, « pétilleux » n'a jamais totalement disparu de l'oral : en région, notamment en Sarthe, on entend encore parler d'« eau pétilleuse » en 2026 pour désigner l'eau gazeuse. Cette tournure locale, transmise à l'oral de génération en génération, reste bien vivante, mais c'est un régionalisme, une couleur du parler manceau, et non une caution orthographique. À l'écrit soigné, dans un CV, une lettre ou un courriel professionnel, on écrit « pétillant ».

« Pétilleux » : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non. Il faut distinguer les débats où l'Académie française admet réellement deux graphies et le cas de « pétilleux », qui n'en fait pas partie. « Pétilleux » a bien figuré dans certains compléments du XIXe siècle (le Complément du Dictionnaire de l'Académie de 1842, le Bescherelle de 1845) avec l'exemple « ferment pétilleux ». Mais les éditions modernes du Dictionnaire de l'Académie ne retiennent plus que « pétillant » ; « pétilleux » y est classé vieilli et n'appartient plus à la langue standard. On est donc loin d'un cas comme « fruste » et « frustre », où l'une seulement des deux formes est correcte. Pour « pétillant », il n'y a aucune tolérance : la forme en « -eux » est un archaïsme sorti de l'usage. L'écrire dans un texte contemporain revient à commettre une faute, même si le mot a existé autrefois.

Comment retenir « pétillant » une fois pour toutes ?

Le plus simple est de passer par le verbe. « Pétillant » vient de pétiller : de même que briller donne brillant et étinceler donne étincelant, pétiller donne « pétillant », avec la terminaison « -illant ». Si vous entendez « -eux » dans votre tête, c'est le piège. Second réflexe, le test de substitution : remplacez le mot par « brillant » ou par « mousseux ». Si « brillant » convient, écrivez « pétillant » avec la même terminaison en « -ant » (« un regard brillant » → « un regard pétillant »). Le mot « mousseux », lui, ne peut pas se substituer à l'adjectif verbal : il décrit, mais ne se conjugue pas. Cette confusion de suffixes ressemble à celle que l'on rencontre entre « vénéneux » et « venimeux » : dans les deux cas, c'est la finale qui trahit le sens et la forme correcte. Retenez la règle : un verbe en « -iller », un adjectif en « -illant ». Vous n'écrirez plus jamais « pétilleux ».

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