« Quoique » ou « quoi que » : laquelle est correcte ?

En résumé
« Quoique » ou « quoi que » ? Ces deux graphies existent, mais elles n'ont pas le même sens ni le même usage. « Quoique » en un mot est une conjonction de subordination signifiant « bien que » ; « quoi que » en deux mots est une locution pronominale signifiant « quelle que soit la chose que ». Les confondre constitue une faute grammaticale que ni l'Académie française ni le Larousse ne tolèrent.
« Quoique » ou « quoi que » : laquelle est correcte ?
Les deux graphies sont correctes, mais elles ne s'emploient pas dans les mêmes situations et ne peuvent pas être interchangées. « Quoique » en un mot est une conjonction de subordination qui exprime la concession ; il est synonyme de « bien que » et se construit avec le subjonctif. « Quoi que » en deux mots est une locution pronominale qui signifie « quelle que soit la chose que » ; il exprime une généralité ou une hypothèse exhaustive. Utiliser l'une à la place de l'autre est une faute grammaticale, même si les deux se prononcent de façon identique.
« Quoiqu'il soit fatigué, il continue de travailler. » (= bien qu'il soit fatigué : conjonction de subordination, subjonctif)
« Quoi qu'il fasse, il ne réussit pas à la convaincre. » (= quelle que soit la chose qu'il fasse : locution pronominale)
« Quoi qu'il en soit, la réunion est maintenue. » (= quelle que soit la situation : expression figée)
Le test de substitution est infaillible : si vous pouvez remplacer le mot par « bien que » sans changer le sens, écrivez « quoique » en un seul mot. Si ce remplacement est impossible, écrivez « quoi que » en deux mots.
D'où vient la distinction entre « quoique » et « quoi que » ?
La distinction graphique entre « quoique » et « quoi que » est le fruit d'une longue évolution de la langue française. Au XVIIe siècle, les deux formes étaient souvent écrites indistinctement, même chez les grands auteurs classiques comme Racine, Boileau ou Molière. La soudure de « quoi » et de « que » en un seul mot « quoique » s'est progressivement imposée pour marquer visuellement la différence fonctionnelle entre la conjonction et la locution pronominale.
Du côté étymologique, « quoique » est issu du latin médiéval « quamquam » ou « quamvis », des conjonctions de concession. « Quoi que », lui, descend directement du pronom latin « quid » (la chose, ce que) suivi de « que » subordonnant. Cette double origine explique que les deux mots partagent les mêmes phonèmes tout en remplissant des fonctions grammaticales radicalement différentes. La grammaire scolaire du XIXe siècle a figé cette distinction dans les règles que nous appliquons aujourd'hui, et les dictionnaires, Larousse en tête, l'ont codifiée.
Il est intéressant de noter que l'anglais connaît une évolution comparable avec « whatever » (un mot, sens général) et « what… ever » (deux mots, structure interrogative renforcée). Ce phénomène de soudure graphique pour marquer la grammaticalisation d'une locution est universel dans les langues européennes.
Pourquoi confond-on si souvent « quoique » et « quoi que » ?
La confusion tient d'abord à leur prononciation strictement identique. À l'oral, aucune différence n'existe entre « quoique » et « quoi que » : les deux se prononcent [kwa kə]. L'oreille ne peut pas distinguer la frontière graphique. C'est une source classique d'erreur, exactement comme pour d'autres paires homophones du français.
Un sondage Projet Voltaire révèle que plus de 60 % des scripteurs francophones hésitent sur l'orthographe de ces deux formes, en faisant l'une des confusions grammaticales les plus fréquentes du français écrit. La difficulté est accentuée par le fait que « quoi que » est suivi lui aussi du subjonctif dans la plupart de ses emplois (« quoi qu'il en soit », subjonctif de « être »), ce qui prive le locuteur d'un repère grammatical immédiat.
La même confusion d'homophonie touche d'autres paires grammaticales : « soi-disant ou soit-disant » en est un exemple parfait, où la forme incorrecte est construite par analogie phonétique avec le subjonctif.
« Quoique » ou « quoi que » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Non. L'Académie française maintient sans ambiguïté la distinction entre les deux graphies. Dans ses recommandations orthographiques, elle rappelle que « quoique » (en un mot) est une conjonction de subordination exprimant la concession et que « quoi que » (en deux mots) est une locution pronominale indéfinie. Confondre les deux n'est pas une simple variation tolérée : c'est une faute grammaticale qui trahit une incompréhension de la nature des mots utilisés.
Le cas de « quoique / quoi que » ne relève pas de l'orthographe pure mais de la grammaire. Il ne s'agit pas d'une variation d'accent ou d'une double consonne tolérée : il s'agit de deux unités grammaticales distinctes avec des fonctions syntaxiques différentes. L'Académie ne peut pas plus « tolérer » la confusion entre ces deux formes qu'elle ne peut tolérer d'écrire « malgré » avec un « s ».
Le Larousse et le Robert sont sur la même ligne. Pour mémoire, la même rigueur s'applique à des confusions comme « empreint » ou « emprunt », où deux mots de nature grammaticale différente sont confondus à l'écrit.
Comment retenir la différence entre « quoique » et « quoi que » une fois pour toutes ?
La méthode la plus fiable est le test de substitution par « bien que ». Avant d'écrire, posez-vous la question : est-ce que je peux remplacer ce mot par « bien que » sans que la phrase change de sens ?
Oui → écrivez « quoique » (un mot). Exemple : « Quoiqu'il pleuve, je sors » = « Bien qu'il pleuve, je sors » → fonctionne → un mot.
Non → écrivez « quoi que » (deux mots). Exemple : « Quoi que tu dises » → « Bien que tu dises » → ne fonctionne pas → deux mots.
Un moyen mnémotechnique complémentaire : « quoi que » en deux mots introduit toujours une proposition dans laquelle « quoi » joue le rôle d'un pronom (on peut le remplacer par « la chose que »). Si vous pouvez insérer mentalement « la chose » après le premier mot, « quoi [la chose] que tu fasses », c'est bien deux mots. Si vous ne pouvez pas (« quoiqu'il soit absent »), c'est la conjonction soudée.
Pour ne plus jamais douter sur ces confusions grammaticales, consultez aussi notre article sur « balade » ou « ballade », un autre cas où l'oreille ne peut pas trancher et où seule la grammaire permet de ne pas se tromper.
Votre CV ou lettre contient peut-être des fautes
Un correcteur expert relit votre document et corrige orthographe, grammaire et tournures maladroites.

