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« Second » ou « deuxième » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 11 mai 2023
« Second » ou « deuxième » : laquelle est correcte ?

En résumé

« Second » ou « deuxième » : laquelle est correcte ? Ces deux mots désignent le rang 2, mais ne sont pas interchangeables. La règle consiste à réserver « second » aux séries limitées à deux éléments, et « deuxième » aux séries qui peuvent en compter davantage. L'Académie française reconnaît cette distinction.

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« Second » ou « deuxième » : laquelle est correcte ?

La règle est simple : utilisez « second » lorsque la série ne comporte que deux éléments, et « deuxième » lorsque la liste peut en compter davantage. C'est la distinction classique que les grammairiens français défendent depuis des siècles, et que l'Académie française elle-même reconnaît comme un critère de style soigné. En pratique, beaucoup de locuteurs les emploient indifféremment, mais dans un CV, une lettre de motivation ou tout document professionnel, respecter cette règle est un marqueur de maîtrise linguistique.

« Il a remporté la médaille d'argent : il est arrivé deuxième. » (course avec plusieurs participants)
« C'était ma seconde tentative au permis de conduire. » (deux tentatives seulement, à ce moment-là)
« Elle habite au deuxième étage. » (l'immeuble en comporte plusieurs)
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D'où vient la distinction entre « second » et « deuxième » ?

Les deux mots ont des origines distinctes. « Second » vient du latin secundus, qui désignait ce qui suivait directement, dans le sens de « ce qui vient après le premier », avec l'idée implicite que la liste s'arrête là. On retrouve cette racine dans « seconde » (unité de temps), « seconder » (aider le premier), ou encore « second maître » dans la marine. La notion de clôture de série est inscrite dans l'étymologie elle-même.

« Deuxième », lui, est formé sur le modèle des ordinaux français (troisième, quatrième, cinquième…), avec le suffixe -ième ajouté à deux. Il n'implique aucune limite : il s'inscrit dans une série ouverte. C'est Vaugelas, grammairien du XVIIe siècle et l'un des premiers membres de l'Académie française, qui a formulé explicitement cette distinction. Elle a été reprise et consolidée par les grammaires classiques, notamment celle de Littré.

Certaines expressions figées illustrent parfaitement cette logique : « le second de corvée » (sur deux), « la Seconde Guerre mondiale » (la dernière guerre mondiale, du moins en 1945, quand le terme s'est figé), « en seconde » (classe de lycée, avant la première et la terminale, mais dans un cursus à trois niveaux : l'usage est ici codifié et non strictement logique). Ces exceptions montrent que la langue a parfois ses propres conventions.

Pourquoi tout le monde confond « second » et « deuxième » ?

La confusion est universelle parce que les deux mots sont homophones dans leur racine numérique : l'un et l'autre désignent le rang 2. Aucune faute d'accord, aucune erreur d'orthographe visible ne trahit le locuteur, contrairement à d'autres confusions comme « en tout cas » et « en tous cas ». Seul le sens logique révèle l'usage impropre.

Un sondage du Projet Voltaire révèle que 68 % des Français ne connaissent pas la distinction entre « second » et « deuxième ». L'effet réseau joue également : on entend sans cesse des formules comme « le second point de mon exposé » dans un discours à cinq points, ou « le second tour » quand la règle s'applique (il n'y a que deux tours), ce qui crée une impression que les deux formes sont librement interchangeables. Ajoutez à cela que les correcteurs orthographiques ne signalent jamais cette erreur, puisqu'aucune des deux formes n'est grammaticalement incorrecte en soi, et vous comprenez pourquoi la confusion se perpétue. Pour les confusions entre mots de sens proches, voir aussi notre article sur « en tout cas » ou « en tous cas ».

L'influence de l'anglais second, qui s'emploie dans tous les contextes sans restriction (second opinion, second floor, second round), aggrave le phénomène chez les bilingues et dans les secteurs exposés à la langue anglaise : finance, technologie, communication internationale. Le mot français « second » est alors réinterprété comme un équivalent sans nuance de son homologue anglais.

« Second » à la place de « deuxième » : une faute tolérée par l'Académie française ?

L'Académie française est nuancée, mais elle ne supprime pas la distinction. Dans sa notice officielle « Second / Deuxième », elle écrit : « On peut, par souci de précision et d'élégance, réserver second aux énoncés où il n'est question que de deux éléments. » Le mot « peut » indique une recommandation, pas une obligation, mais le mot « précision » indique clairement que l'usage de « second » dans une série de plus de deux est un relâchement, non une variante stylistique neutre.

Contrairement à d'autres débats où l'Académie tolère les deux formes sans hiérarchie, comme « évènement » / « événement », la distinction second/deuxième repose sur une logique sémantique solide. L'Académie ne dit pas « les deux sont équivalents » ; elle dit que la distinction est recommandée pour qui aspire à l'élégance. Dans un document professionnel, CV, lettre de motivation, rapport, mail de direction, cette précision compte.

À noter : les ordinaux composés (vingt-deuxième, trente-deuxième) n'utilisent jamais « second » : c'est ici une règle absolue, sans exception. Pour d'autres règles de nombre qui semblent optionnelles mais ne le sont pas vraiment, lisez notre article sur « sans faute » ou « sans fautes ».

Comment retenir la différence entre « second » et « deuxième » une fois pour toutes ?

Le moyen mnémotechnique le plus efficace est le test de la liste fermée. Avant d'écrire « second », posez-vous la question : est-ce qu'il peut y avoir un troisième ? Si la réponse est oui, ou si vous ne savez pas, écrivez « deuxième ». Si la réponse est non, la liste s'arrête définitivement à deux, écrivez « second ».

Test de substitution : peut-on remplacer par « l'avant-dernier » ? Si oui, utilisez « second » (car s'il n'y a que deux éléments, le deuxième est aussi l'avant-dernier). Si cette substitution semble absurde, utilisez « deuxième ». Exemple : « Le second acte » (pièce en deux actes : on peut dire « l'avant-dernier acte ») → second. « Le deuxième acte » (pièce en cinq actes : dire « l'avant-dernier acte » serait bizarre) → deuxième.

Retenez également que « second » est indispensable dans de nombreuses expressions figées où « deuxième » est impossible : seconde nature, de seconde main, en seconde position (dans la marine ou l'armée). Ces expressions ne connaissent pas de variante en « deuxième ». Pour maîtriser d'autres paires de mots proches qui paraissent interchangeables mais ne le sont pas, consultez notre article sur « connexion » ou « connection ».

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