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« Ancre » ou « encre » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 20 mai 2025
« Ancre » ou « encre » : laquelle est correcte ?

En résumé

« Ancre » ou « encre » : lequel écrire ? « Ancre » désigne le dispositif qui retient un bateau, « encre » est le liquide pour écrire. Ces homophones se prononcent identiquement mais l’Académie française les distingue sans ambiguïté.

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« Ancre » ou « encre » : laquelle est correcte ?

Les deux mots existent et sont tous deux corrects, mais ils ne désignent pas la même chose. « Ancre » (avec un « a ») est l’instrument métallique que l’on jette par-dessus bord pour immobiliser un bateau. « Encre » (avec un « e ») est le liquide utilisé pour écrire, dessiner ou imprimer. Confondre l’un pour l’autre dans une phrase constitue une faute d’orthographe : il n’existe aucune tolérance officielle pour cet emploi fautif.

« Le marin jette l’ancre dans la baie pour la nuit. » (ancre = l’instrument nautique, avec un « a »)
« Elle a renversé le flacon d’encre sur sa lettre de motivation. » (encre = le liquide, avec un « e »)
« La goutte d’encre qui tombe révèle l’âme d’un homme. » (proverbe : encre = le liquide pour écrire)
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D’où viennent les mots « ancre » et « encre » ?

L’étymologie de ces deux homophones est radicalement différente, ce qui explique pourquoi leur confusion est une vraie faute et non une simple variante graphique.

Le mot ancre vient du latin ancora, lui-même emprunté au grec ankura (« crochet », « objet courbé »). Le mot est attesté en français dès le XIIᵉ siècle sous la forme ancre. Sa forme n’a pratiquement pas évolué depuis.

Le mot encre a une origine tout aussi ancienne mais distincte : le grec enkaustikê (« peinture à la cire brûlée »), passé par le latin médiéval encaustum. Ce terme désignait initialement une encre pourpre réservée aux empereurs byzantins pour signer leurs décrets. Il a ensuite été élargi à tout liquide colorant servant à écrire. Ce qui est fascinant, c’est que les orthographes de ces deux mots ont été échangées au fil du Moyen Âge : au XIIᵉ siècle, encre s’écrivait parfois ancre, et vice versa. C’est la fixation de l’orthographe par les grammairiens du XVIIᵉ siècle qui a définitivement séparé les deux mots.

Pourquoi tout le monde confond « ancre » et « encre » ?

La confusion entre « ancre » et « encre » est quasi exclusivement écrite : à l’oral, le contexte règle immédiatement le problème. C’est justement parce que ces deux mots sont des homophones parfaits, ils se prononcent exactement de la même façon, que l’erreur surgit au moment de les écrire.

Le mécanisme est toujours le même : lorsqu’on écrit vite, sans attention particulière, le cerveau écrit le mot « par défaut », souvent celui que l’on utilise le plus fréquemment dans sa vie quotidienne. Pour la plupart des francophones, le mot « encre » (stylo, imprimante, tatouage) est plus fréquent que « ancre » (univers maritime). Le sondage Projet Voltaire 2022 sur les homophones révèle que près de 35 % des locuteurs ont déjà commis une confusion entre deux homophones dans un texte professionnel.

Cette confusion appartient à la catégorie des homophones lexicaux, comme « amande » et « amende » ou encore « raisonner » et « résonner » : deux mots qui s’écrivent différemment et n’ont aucun rapport sémantique, mais que l’oreille ne peut pas distinguer.

« Encre » à la place d’« ancre » : une faute tolérée par l’Académie française ?

Non. L’Académie française ne tolère aucune confusion entre « ancre » et « encre ». Ce sont deux mots distincts, avec des définitions propres, des étymologies différentes et des domaines d’emploi incompatibles. Les employer l’un pour l’autre constitue une faute d’orthographe pure et simple, sans nuance.

Il faut distinguer cette situation de cas où l’Académie accepte des variantes graphiques. Par exemple, elle tolère « chariot » et « charriot ». Dans ces cas, un seul mot est en jeu, avec des graphies alternatives acceptées. Avec « ancre » et « encre », il s’agit de deux réalités différentes : l’une maritime, l’autre liée à l’écriture. L’écrire l’un pour l’autre, c’est aussi faux qu’écrire « chien » pour « chat ».

Dans un CV ou une lettre de motivation, ce type d’erreur est particulièrement visible lorsqu’on évoque ses expériences dans un secteur nautique ou imprimerie. Pour éviter ce type de confusion dans vos écrits professionnels, consultez également notre article sur « pieu » ou « pieux », un autre piège courant de l’orthographe française.

Comment retenir « ancre » et « encre » une fois pour toutes ?

Deux méthodes simples permettent de ne plus jamais confondre ces deux mots.

La première méthode est le test de substitution. Demandez-vous : peut-on remplacer le mot par « bouteille d’… » ? Si oui, c’est « encre » (une bouteille d’encre). Si le remplacement est absurde (une bouteille d’ancre ?), c’est « ancre ». Pour « ancre », essayez à la place : peut-on remplacer par « jeter la … » ? Si oui, c’est bien « ancre » (jeter l’ancre).

La deuxième méthode est mnémotechnique : pensez à « E comme Écriture ». L’encre commence par un « E » comme « écriture » et « encrier ». L’ancre commence par un « A » comme « amarrage » et « amer » (terme nautique désignant un point de repère sur la côte). Les deux mots commencent par la même lettre que leur univers respectif.

Pour maîter  d’autres homophones du même type, consultez notre article sur « amande » ou « amende » pour découvrir les mêmes techniques de mémorisation adaptées aux pièges les plus fréquents du français écrit.

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