« Ce qui arrive » ou « ce qu'il arrive » : laquelle est correcte ?

En résumé
« Ce qui arrive » ou « ce qu'il arrive » ? Écrivez « ce qui arrive » : « qui » est le sujet du verbe arriver. La tournure impersonnelle « ce qu'il arrive » est à proscrire à l'écrit soigné.
« Ce qui arrive » ou « ce qu'il arrive » : laquelle est correcte ?
La forme correcte et recommandée est « ce qui arrive ». Dans cette construction, « qui » est le sujet du verbe arriver : c'est l'événement lui-même qui arrive. On écrit donc « ce qui arrive », « ce qui se passe », « ce qui m'inquiète », exactement comme on dit « la chose qui arrive ». La tournure « ce qu'il arrive », calquée sur le tour impersonnel « il arrive que… », est lourde, ambiguë à l'écrit et déconseillée : préférez systématiquement « ce qui arrive ».
« Personne ne sait ce qui arrive après. » (récit)
« Je me demande ce qui m'arrive depuis ce matin. » (langue courante)
« Raconte-moi ce qui est arrivé hier soir. » (conversation)
Le test est simple : si vous pouvez remplacer le groupe par « la chose qui… » sans changer le sens, c'est que « qui » est sujet, et vous écrivez « ce qui » en un seul mot, sans « il ».
D'où vient l'hésitation entre « ce qui » et « ce qu'il » ?
Le verbe arriver a deux emplois en français. L'emploi personnel, de loin le plus naturel, fait de l'événement le sujet du verbe : « un malheur arrive », donc « le malheur qui arrive », donc « ce qui arrive ». L'emploi impersonnel, hérité du latin, place devant le verbe un « il » qui ne désigne personne : « il arrive un malheur », d'où, par dérivation, « ce qu'il arrive ».
Historiquement, les grammairiens classiques distinguaient ces deux tours, mais la langue moderne a très largement tranché en faveur de la construction personnelle. Avec un antécédent comme « ce », la tournure « ce qui arrive » s'est imposée parce qu'elle est plus directe : le pronom relatif « qui » renvoie clairement à « ce », sans intercaler ce « il » fantôme qui n'apporte aucune information. C'est pourquoi, à l'écrit soigné, « ce qui arrive » est la seule forme vraiment recommandable.
Pourquoi tant de gens écrivent-ils « ce qu'il arrive » ?
La confusion vient de l'oreille. À l'oral, le « l » de « il » disparaît presque toujours : « ce qui arrive » et « ce qu'il arrive » se prononcent de façon quasi identique, surtout dans le débit rapide. Le cerveau hésite alors au moment d'écrire, faute de pouvoir s'appuyer sur le son. C'est le même mécanisme d'homophonie qui piège tant de francophones.
S'ajoute un effet d'analogie : on connaît la tournure correcte « il arrive que » (« il arrive qu'on se trompe »), et l'on croit, à tort, devoir y caser un « il » partout. Le même doute se pose mot pour mot avec le verbe « se passer » : c'est pourquoi nous lui avons consacré un article jumeau, « ce qui se passe » ou « ce qu'il se passe », qui détaille exactement le même piège.
« Ce qu'il arrive » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Non. L'Académie française et les ouvrages de référence recommandent la construction personnelle « ce qui arrive » et considèrent « ce qu'il arrive » comme une tournure lourde, voire incorrecte dans la plupart des contextes. Si quelques grammairiens admettent l'emploi impersonnel par tradition littéraire, aucun ne le conseille : à l'écrit professionnel, il vous expose au reproche de la faute sans rien vous apporter.
Attention à ne pas confondre ce cas avec de vrais débats où l'Académie tolère deux graphies, comme les rectifications de 1990. Ici, il n'y a pas deux orthographes concurrentes également valables : il y a une forme sûre, « ce qui arrive », et une forme à éviter. Le même principe vaut pour le pronom relatif sujet dans « c'est moi qui l'ai » ou « c'est moi qui l'a » : dès que « qui » est sujet, c'est lui qui commande l'accord et la construction.
Comment retenir « ce qui arrive » une fois pour toutes ?
Retenez une image simple : c'est l'événement qui arrive, pas un mystérieux « il ». Demandez-vous toujours « qu'est-ce qui arrive ? » : la réponse est une chose, et cette chose est sujet. Donc « qui », et « ce qui arrive ».
Le test de substitution est imparable : remplacez par « la chose qui… ». « Personne ne sait ce qui arrive » → « personne ne sait la chose qui arrive » : la phrase tient, « qui » est bien sujet, donc on écrit « ce qui » sans « il ». Si la substitution échoue, c'est sans doute que « que » est complément (« ce que je vois »), et là on écrit « ce que », jamais « ce qu'il ». En cas de doute entre deux petits mots qui se ressemblent à l'oral, appliquez la même méthode que pour « quoique » ou « quoi que » : décomposez la phrase, identifiez la fonction, et la bonne graphie s'impose d'elle-même.
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