« Ce qui se passe » ou « ce qu'il se passe » : laquelle est correcte ?

En résumé
« Ce qui se passe » ou « ce qu'il se passe » ? La forme correcte est « ce qui se passe » : le pronom « qui » est sujet du verbe. L'Académie française privilégie cette tournure ; « ce qu'il se passe » reste une variante récente et déconseillée à l'écrit.
« Ce qui se passe » ou « ce qu'il se passe » : laquelle est correcte ?
La forme correcte et recommandée est « ce qui se passe ». Dans cette tournure, le pronom relatif « qui » est le sujet du verbe « se passer » et reprend le pronom démonstratif « ce » : on demande quelle chose se passe. La variante « ce qu'il se passe » existe, mais elle est récente, contestée et déconseillée à l'écrit soigné. En cas de doute, écrivez toujours « ce qui se passe » : vous ne pouvez pas vous tromper.
« Je ne comprends pas ce qui se passe. » (le « qui » est sujet de « se passer »)
« Raconte-moi ce qui se passe à la maison. » (la chose qui se déroule)
« Personne ne sait ce qui se passe vraiment. » (forme correcte et naturelle)
D'où vient la tournure « ce qui se passe » ?
« Ce qui se passe » repose sur une construction très ancienne du français : le pronom démonstratif neutre « ce » suivi du relatif sujet « qui ». On la retrouve dans des expressions parallèles parfaitement établies : « ce qui me plaît », « ce qui compte », « ce qui arrive ». Dans tous ces cas, « qui » est sujet du verbe et ne s'élide jamais : on n'écrit pas « ce qu'il me plaît ».
Le verbe « se passer », au sens de « se produire, arriver », fonctionne ici comme un verbe ordinaire dont le sujet est la chose désignée par « ce qui ». Le Bon Usage (la grammaire de référence de Grevisse) et le Dictionnaire de l'Académie française emploient cette forme. La tournure impersonnelle « il se passe quelque chose » a, elle, donné naissance plus tard à la variante « ce qu'il se passe », mais les attestations historiques en sont rares avant le XXe siècle. « Ce qui se passe » reste donc la tournure de tradition.
Pourquoi tout le monde écrit « ce qu'il se passe » ?
La confusion vient d'une analogie séduisante mais trompeuse. Certains verbes s'emploient à la forme impersonnelle : « il faut », « il pleut », « il se passe quelque chose ». Par contamination, on est tenté de transposer ce « il » impersonnel dans la subordonnée et d'écrire « ce qu'il se passe », comme si le « il » était indispensable. En réalité, « ce qui se passe » se suffit à lui-même : le sujet, c'est « ce qui ».
Cette hésitation rejoint une famille de pièges très courants : les confusions entre « ce » et « se » sèment le doute dès que le son [sə] apparaît. À l'oral, « ce qui se passe » et « ce qu'il se passe » se prononcent presque pareil, ce qui entretient le flou. L'usage de « ce qu'il se passe » progresse aujourd'hui dans la presse et sur les réseaux, par effet d'imitation, mais fréquence ne vaut pas correction.
« Ce qu'il se passe » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Non, pas vraiment. L'Académie française et le Dictionnaire de l'Académie emploient « ce qui se passe » et considèrent cette forme comme la norme. Les grammairiens admettent « ce qu'il se passe » comme une tolérance avec les verbes pouvant être impersonnels, mais ils la jugent moins claire et la déconseillent dans un texte soigné. Ce n'est donc pas une variante neutre que l'on choisirait librement.
La situation diffère des vrais doublets officiellement acceptés. Pour « de toute façon » et « de toutes façons », les deux graphies coexistent sans hiérarchie nette. Ici, au contraire, une forme est nettement préférée. La règle est ancienne et constante : comme le rappelle notre article sur les fautes d'orthographe en français, l'usage majoritaire ne dicte pas la norme. Dans un CV, une lettre de motivation ou un courriel professionnel, écrivez « ce qui se passe ».
Comment retenir « ce qui se passe » une fois pour toutes ?
Le moyen le plus sûr est le test de substitution. Remplacez « ce qui se passe » par « la chose qui se passe » : si la phrase tient, c'est que « qui » est bien le sujet, et la forme correcte est « ce qui ». « La chose qui se passe » fonctionne parfaitement, alors que « la chose qu'il se passe » sonne faux. Le « il » est donc superflu.
Autre repère : « ce qui » s'aligne sur toutes les tournures de la même famille : « ce qui compte », « ce qui arrive », « ce qui se prépare ». Aucune ne prend de « il ». Le « qui » sujet ne s'élide jamais devant une voyelle ; seul le « que » complément s'élide en « qu' ». C'est le même réflexe grammatical que dans « c'est moi qui l'ai », où le pronom « qui » commande l'accord. Retenez la règle d'or : dans le doute, « ce qui se passe », toujours.
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