Nos conseils

« Permis » ou « permise » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 21 juin 2026
« Permis » ou « permise » : laquelle est correcte ?

En résumé

« Permis » ou « permise » : comment accorder le participe passé de permettre ? La réponse dépend d'une règle précise : dans « elle s'est permis de faire », on écrit toujours « permis » sans accord. L'Académie française le confirme : le pronom réfléchi « se » est complément indirect, il ne déclenche pas l'accord.

Votre CV est-il sans faute ? Testez-le gratuitement face aux filtres ATS, score en 30 s.

« Permis » ou « permise » : laquelle est correcte ?

La réponse est sans ambiguïté dans l'immense majorité des cas : on écrit « permis » sans accord, que le sujet soit masculin ou féminin. Quand quelqu'un s'est permis de faire quelque chose, le participe passé reste invariable. Ce n'est qu'en présence d'un complément d'objet direct féminin placé avant le verbe que l'accord s'impose.

Exemples avec « permis » (forme correcte dans les constructions pronominales suivies d'un infinitif) :

« Elle s'est permis d'arriver en retard. » (construction pronominale + infinitif : pas d'accord)
« Je me suis permis de vous contacter directement. » (usage professionnel courant : invariable)
« Les libertés qu'elle s'est permises avec le règlement. » (le COD féminin pluriel « que » précède le verbe : accord en genre et nombre)

Le troisième exemple illustre le seul cas où « permise » (ou « permises ») est exigé : le complément d'objet direct est féminin et se trouve avant le verbe. Dès que la construction est « se permettre de + infinitif », sans COD antéposé, le participe est systématiquement invariable.

D'où vient la règle d'accord du participe passé avec « avoir » et « être » ?

La règle d'accord du participe passé avec l'auxiliaire « avoir » remonte à Clément Marot, poète du XVIe siècle, qui l'a empruntée à l'humaniste italien Trissino. Elle repose sur un principe simple : le participe passé conjugué avec « avoir » s'accorde avec le complément d'objet direct quand celui-ci est placé avant le verbe.

Or « se permettre » est un verbe pronominal. Son pronom réfléchi, « me », « te », « se », « nous », « vous », n'est pas un complément d'objet direct : c'est un complément d'objet indirect (COI), car on « se permet quelque chose » à soi-même (on se permet à soi de faire). La préposition sous-entendue trahit la nature indirecte du lien.

Pour les verbes pronominaux, la règle générale est la suivante : si le pronom réfléchi est COI, le participe passé s'accorde avec le COD placé avant le verbe (ou reste invariable si le COD est postposé ou absent). C'est exactement la situation de « permettre ». L'Académie française, dans ses Remarques sur la langue française, applique ce cadre sans dérogation à « se permettre ».

Cette logique s'applique de façon identique au passif : « cela m'a été permis » reste invariable parce que « permis » s'accorde avec le sujet « cela » (neutre/masculin singulier). En revanche, « la liberté qui m'a été permise » s'accorde au féminin car le sujet est féminin.

Pourquoi tout le monde écrit « elle s'est permise » à tort ?

La confusion vient d'une règle scolaire mal mémorisée. On apprend que, avec l'auxiliaire « être », le participe passé s'accorde toujours avec le sujet. « Elle est partie », « ils sont arrivés »… Le réflexe s'installe : auxiliaire être + sujet féminin = accord automatique.

Mais les verbes pronominaux constituent un cas à part. Ils utilisent « être » comme auxiliaire tout en obéissant, pour l'accord, aux règles de l'auxiliaire « avoir », à condition que le pronom réfléchi soit COI. Résultat : 68 % des locuteurs français, selon un sondage Projet Voltaire, accordent spontanément le participe passé des verbes pronominaux avec le sujet, même quand la grammaire l'interdit.

Pour « se permettre », le piège est encore plus tendu : la forme ressemble à des verbes où l'accord est correct (« elle s'est blessée », « elle s'est levée »). Dans ces cas, le pronom est COD, d'où l'accord. Mais « se permettre de faire » implique un infinitif complément, et la question à se poser est : qu'est-ce qu'elle s'est permis ?, si la réponse est un infinitif (de faire, de dire, d'arriver), il n'y a pas de COD exprimé avant le verbe, donc pas d'accord. Ce raisonnement est le même que pour les confusions homophones abordées dans notre article sur « je me permets » ou « je me permet » : une forme semble logique, mais la grammaire impose l'autre.

« Permise » : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non. L'Académie française est explicite dans sa notice consacrée à « elle s'est permise » : écrire « elle s'est permise d'arriver en retard » est une faute, sans tolérance. Le pronom réfléchi « se » est complément indirect de « permettre » : on se permet à soi-même quelque chose, et ne commande donc aucun accord.

Certains débats orthographiques aboutissent à une tolérance officielle : l'Académie admet, par exemple, les deux graphies pour « nénuphar / nénufar ». Mais l'accord du participe passé de « se permettre » ne fait pas partie de ces zones grises. La règle est stable, documentée depuis le XVIe siècle, et ne souffre aucune exception dans la construction « se permettre de + infinitif ».

Le même raisonnement s'applique au présent du verbe : si vous hésitez entre la forme à la 1re personne du présent, consultez notre article sur la conjugaison de permettre au présent, la cohérence grammaticale traverse toutes les formes du verbe.

En contexte professionnel, la faute est d'autant plus visible. Une lettre de motivation ou un e-mail contenant « je me suis permise de vous contacter » signale immédiatement une méconnaissance des règles d'accord, là où « je me suis permis de vous contacter » est irréprochable, quel que soit le genre de l'auteur.

Comment retenir « permis » sans accord une fois pour toutes ?

Moyen mnémotechnique : remplacez mentalement « se permettre » par « s'autoriser ». Vous « autorisez » quelqu'un à faire quelque chose (complément indirect). Ce « à » invisible révèle que le pronom est COI, donc : pas d'accord. « Elle s'est autorisé à partir » → « elle s'est permis de partir ».

Test de substitution : posez la question « qu'est-ce qu'elle s'est permis ? » Si la réponse est un infinitif (« de faire », « de dire », « d'arriver »), il n'y a pas de COD antéposé et le participe reste invariable. Si la réponse est un nom féminin qui précède le verbe dans la phrase (« la liberté qu'elle s'est permis[e]... »), alors le COD est antéposé et l'accord est obligatoire : « la liberté qu'elle s'est permise ».

Récapitulatif des trois cas :

  • « Elle s'est permis de faire » → invariable (COD = infinitif postposé)
  • « La liberté qu'elle s'est permise » → accord féminin (COD féminin antéposé)
  • « Cela m'a été permis » → invariable (sujet neutre/masculin singulier)

Cette logique s'applique également à la formule professionnelle « je me suis permis de », analysée en détail dans notre article dédié à l'usage de « je me permets » dans un e-mail ou une lettre de motivation. La maîtrise de ces formes vous donne un avantage réel à l'écrit.

Autres verbes pronominaux qui suivent la même règle

La règle d'invariabilité s'applique à tous les verbes pronominaux de la famille -mettre lorsqu'ils sont suivis d'un infinitif ou d'un COD placé après. Les formes pronominales concernées sont :

  • se commettre → elle s'est commis (invariable)
  • se compromettre → il s'est compromis (invariable)
  • se démettre → elle s'est démis (invariable)
  • s'entremettre → elle s'est entremis (invariable)
  • se mettre → elle s'est mis à travailler (invariable)
  • se promettre → ils se sont promis de revenir (invariable)
  • se remettre → elle s'est remis en question (invariable)
  • se soumettre → elle s'est soumis à la règle (invariable)
  • se transmettre → les informations se sont transmis… → ici accord car COD avant

Le cas de « se transmettre » illustre bien la règle : quand le COD est placé avant le verbe (« les informations qu'elles se sont transmises »), le participe s'accorde. Quand le COD suit (« elles se sont transmis les informations »), il reste invariable.

Pour la conjugaison au présent de toute cette famille verbale, consultez : Conjugaison complète de permettre et des verbes en -mettre.

Votre CV ou lettre contient peut-être des fautes

Un correcteur expert relit votre document et corrige orthographe, grammaire et tournures maladroites.

Articles similaires