
En résumé
« Dû » ou « du » : quelle différence ? « Dû » est le participe passé du verbe devoir (il a dû partir), tandis que « du » est la contraction de « de le » (le résultat du travail). L'Académie française maintient cette distinction obligatoire.
« Dû » ou « du » : lequel est correct ?
Ces deux mots n'ont rien en commun hormis leur prononciation : « du » est la contraction de « de le », un article partitif ou une préposition contractée ; « dû » est le participe passé du verbe devoir, et s'écrit obligatoirement avec un accent circonflexe au masculin singulier. Confondre les deux constitue une faute d'orthographe, sans exception.
« Il a dû annuler la réunion à la dernière minute. » (participe passé de devoir, le candidat était obligé d'annuler)
« Le directeur a relu le rapport du service commercial avant de le transmettre. » (article partitif, contraction de « de le »)
« Elle a dû renoncer à son poste en raison du déménagement de l'entreprise. » (les deux mots dans la même phrase, chacun avec son rôle précis)
D'où vient l'accent circonflexe sur « dû » ?
L'accent circonflexe sur « dû » est d'abord une marque de distinction : il permet de différencier le participe passé du verbe devoir de l'article partitif « du ». Sans cet accent, les deux mots seraient graphiquement identiques et la phrase « il a du travail à faire » deviendrait ambiguë si l'on voulait exprimer l'obligation.
Historiquement, le verbe « devoir » vient du latin debere. Son participe passé a évolué en vieux français sous la forme « deu » avant de se stabiliser en « dû » avec l'introduction de l'accent circonflexe au XVIIe siècle par les grammairiens qui cherchaient à marquer les distinctions entre homophones. L'accent a donc une fonction purement différenciatrice, non phonétique : il ne change pas la prononciation, il change le sens.
Il faut également noter que l'accent disparaît dès que le participe s'accorde : au féminin singulier, on écrit « due » (sans accent) ; au masculin pluriel, « dus » (sans accent) ; au féminin pluriel, « dues » (sans accent). L'accent n'apparaît donc que dans une seule configuration : masculin singulier. Cette règle précise est souvent ignorée, ce qui engendre des erreurs en cascade.
Pourquoi tout le monde oublie l'accent sur « dû » ?
La raison principale est mécanique : sur un clavier standard, saisir « û » demande une manipulation supplémentaire (touche morte ou combinaison de touches). Dans les échanges rapides par messagerie ou courriel, l'accent disparaît par commodité et l'habitude finit par s'installer y compris dans des écrits formels. Les correcteurs automatiques des smartphones aggravent encore le phénomène : ils proposent « du » par défaut, qui est statistiquement beaucoup plus fréquent.
Selon les données du Projet Voltaire, l'oubli de l'accent circonflexe sur les participes passés figure parmi les vingt erreurs les plus fréquentes dans les productions écrites des adultes en France. Cette confusion est d'autant plus risquée dans un CV ou une lettre de motivation, où chaque faute compte. Si vous vous interrogez aussi sur d'autres homophones délicats, l'article sur « ou » ou « où » détaille la même logique d'accent différenciateur.
« Du » sans accent pour le participe passé : une tolérance de l'Académie française ?
Non, et la position de l'Académie française est sans ambiguïté. Le Dictionnaire de l'Académie française (9e édition) maintient l'accent circonflexe sur « dû » au masculin singulier comme obligatoire. Il n'existe aucune note de tolérance officielle permettant d'omettre cet accent.
Il est vrai que les Rectifications de l'orthographe de 1990 ont supprimé l'accent circonflexe sur certains mots (comme « coût » devenu « cout », ou « paraître » devenu « paraitre ») dans une logique de simplification. Mais ces rectifications prévoient explicitement une exception : l'accent circonflexe est maintenu lorsqu'il est nécessaire pour distinguer deux mots homophones. C'est précisément le cas de « dû » et « du » : supprimer l'accent rendrait les deux graphies identiques et créerait une confusion sémantique.
Contrairement à d'autres débats orthographiques où l'Académie admet deux graphies (comme pour « a » ou « à » où la règle est tout aussi tranchée), ici il n'y a aucune zone grise : omettre l'accent sur « dû » dans un document professionnel est une faute.
Comment ne plus jamais oublier l'accent sur « dû » ?
Le test le plus fiable est le test de substitution par « devait » ou « été obligé de ». Si vous pouvez remplacer le mot par l'une de ces formes sans changer le sens de la phrase, alors il s'agit du participe passé de devoir et l'accent est obligatoire. Exemples :
- « Il a dû partir » → « Il était obligé de partir » ✓, accent obligatoire.
- « Le résultat du travail » → « Le résultat de le travail » ✓, pas d'accent, c'est l'article.
Le moyen mnémotechnique : imaginez le chapeau du « û » comme la flèche d'une obligation pointant vers le haut, « dû » avec accent = devoir, obligation, nécessité. Sans flèche, pas d'obligation : c'est simplement l'article « du ».
Enfin, n'oubliez pas la règle d'accord : au féminin, on écrit « une prime due » (sans accent) car l'accord supprime l'ambiguïté graphique. Seul le masculin singulier « dû » exige l'accent. Si vous cherchez d'autres règles sur les homophones à enjeux dans les écrits professionnels, consultez aussi notre article sur « ce » ou « se », une autre confusion fréquente en contexte professionnel.
Votre CV ou lettre contient peut-être des fautes
Un correcteur expert relit votre document et corrige orthographe, grammaire et tournures maladroites.
