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« Skills » ou « compétences » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 1 septembre 2026
« Skills » ou « compétences » : laquelle est correcte ?

En résumé

« Skills » ou « compétences » : lequel écrire sur son CV ? La bonne réponse est « compétences ». « Skills » est un anglicisme que l'Académie française déconseille en contexte professionnel, même s'il apparaît dans 16 % des CV analysés.

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« Skills » ou « compétences » : laquelle est correcte ?

« Compétences » est la seule forme correcte en français. C'est le terme employé dans toute rédaction professionnelle, du CV à la lettre de motivation en passant par la fiche de poste. « Skills » est un mot anglais que rien ne justifie d'importer tel quel dans un CV rédigé en français, sauf candidature explicitement bilingue destinée à un recruteur anglophone. Sur un corpus de 1 565 occurrences observées dans des CV réels déposés sur notre outil d'analyse, 16 % des candidats écrivent pourtant « skills », le plus souvent en titre de rubrique, à la place de « Compétences ».

« Compétences techniques : gestion de projet, Excel avancé, anglais courant. » (rubrique d'un CV)
« Ses compétences relationnelles ont fait la différence lors de l'entretien. » (bilan d'un recruteur)
« La formation vise à développer les compétences numériques des salariés. » (fiche de poste)

D'où vient le mot « compétences » ?

« Compétence » vient du latin competentia, dérivé du verbe competere, qui signifie « se rencontrer », « coïncider », puis, par extension, « être capable de ». Le mot entre d'abord dans le vocabulaire juridique français au XVIe siècle, où il désigne l'aptitude d'une juridiction à connaître d'une affaire : on parle encore aujourd'hui de la compétence d'un tribunal. Ce n'est qu'au XXe siècle, sous l'impulsion des sciences de la gestion et de la psychologie du travail, que le sens s'élargit à l'aptitude d'une personne à accomplir une tâche. Le Dictionnaire de l'Académie française atteste cette évolution sémantique et fait de « compétences », au pluriel, le terme de référence pour désigner l'ensemble des savoirs, savoir-faire et aptitudes d'un individu dans un contexte professionnel. Le mot anglais skill, lui, vient du vieux norrois skil, qui signifiait « distinction » ou « discernement » : deux origines totalement distinctes, deux histoires linguistiques qui ne se croisent qu'au moment où l'anglais des affaires s'invite dans le vocabulaire français du travail.

Pourquoi tant de candidats écrivent-ils « skills » sur leur CV ?

L'explication tient largement aux plateformes de recrutement internationales. LinkedIn affiche une rubrique « Skills » par défaut dans sa version anglaise, et de nombreux modèles de CV téléchargés en ligne sont calqués sur des gabarits anglo-saxons, traduits à moitié ou pas du tout. Les candidats issus de start-up ou de secteurs très internationalisés, où l'anglais domine les échanges internes, reproduisent ce vocabulaire par habitude, sans toujours mesurer qu'il détonne dans un CV destiné à un recruteur français. Or l'enjeu dépasse la seule esthétique : un sondage Ipsos réalisé pour le Projet Voltaire montre que 5 % des recruteurs écartent une candidature dès la première faute repérée, et qu'entre deux et trois fautes, le CV a une chance sur trois de finir à la corbeille. Un anglicisme non maîtrisé, glissé dans un CV par ailleurs rédigé en français, produit le même effet d'alerte qu'une faute d'orthographe classique. Comme pour la confusion entre « savoir-faire » et « savoir-être », la précision du vocabulaire employé dans la rubrique compétences en dit long sur le soin apporté à sa candidature.

« Skills » : un anglicisme toléré par l'Académie française ?

Non, aucune tolérance officielle n'existe ici. La position de l'Académie française est constante : il n'y a aucune raison d'employer un terme anglais quand un mot français existe déjà et remplit parfaitement la même fonction. C'est exactement le cas de « compétences », qui couvre l'intégralité du champ sémantique de skills sans perte de nuance. Cette position tranchée contraste avec d'autres débats où l'Académie admet, elle, deux graphies concurrentes. Rien de tel pour « skills », qui n'est tout simplement pas un mot français : ce n'est pas une variante orthographique tolérée, c'est un mot étranger substitué à un terme existant, sans aucune justification lexicale. La même vigilance vaut pour d'autres tournures calquées sur l'anglais, comme « je te partage », que l'Académie française condamne pour la même raison : l'existence d'un équivalent français parfaitement fonctionnel.

Comment retenir qu'il faut écrire « compétences » sur un CV en français ?

Un test de substitution suffit à trancher à coup sûr : peut-on remplacer « skills » par « compétences » dans la phrase sans rien perdre de son sens ? La réponse est toujours oui, ce qui confirme que « skills » n'apporte strictement rien, sinon une couleur anglo-saxonne déplacée dans un document en français. Pour retenir le bon réflexe, associez « compétences » à son origine : le mot vient de la même famille que « compétent », un adjectif que personne n'hésite à utiliser en français. Si l'on dit naturellement « il est compétent », on écrit tout aussi naturellement « ses compétences » plutôt que « ses skills ». En pratique, sur un CV, mieux vaut réserver les termes anglais aux seuls cas où ils n'ont pas d'équivalent installé, comme l'upskilling, et écrire systématiquement « compétences » dès qu'il s'agit de lister ses savoirs et savoir-faire. C'est ce réflexe, plus qu'une règle abstraite, qui évite l'anglicisme superflu dans la rubrique la plus lue d'un CV.

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