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« Soi-disant » ou « prétendu » : lequel employer ?

Sylvain CASSINIPublié le 25 juillet 2026
« Soi-disant » ou « prétendu » : lequel employer ?

En résumé

« Soi-disant » ou « prétendu » ? « Soi-disant » ne s'emploie que pour une personne qui se prétend elle-même telle ; pour une chose ou un fait allégué par autrui, l'Académie française impose « prétendu ».

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« Soi-disant » ou « prétendu » : lequel employer ?

« Soi-disant » et « prétendu » ne sont pas interchangeables. « Soi-disant » signifie « qui se dit tel lui-même » : on le réserve donc à une personne qui revendique elle-même une qualité, un titre ou un état. « Prétendu » signifie « supposé, allégué par un tiers » : on l'emploie pour une chose, un fait ou une qualité que quelqu'un d'autre attribue. En clair, c'est celui qui affirme qui décide du mot : si le sujet se réclame lui-même de quelque chose, c'est « soi-disant » ; si l'affirmation vient d'ailleurs, ou porte sur un objet, c'est « prétendu ».

« Ce soi-disant expert n'avait aucun diplôme. » (l'homme se présentait lui-même comme expert)
« La prétendue panne n'était qu'un prétexte. » (une panne ne peut rien se dire : c'est un fait allégué par un tiers)
« Il se dit soi-disant manager, mais sa prétendue expérience de direction reste à vérifier. » (soi-disant pour la personne qui se réclame du titre, prétendu pour le fait avancé)

D'où vient la locution « soi-disant » ?

« Soi-disant » est une locution soudée à partir du pronom réfléchi « soi » et de « disant », participe présent du verbe « dire ». Littéralement, elle signifie « se disant » : celui qui se dit lui-même quelque chose. Attestée dès le Moyen Âge dans la langue juridique, elle qualifiait à l'origine une personne qui se déclarait titulaire d'un droit ou d'une qualité : un « soi-disant héritier », un « soi-disant propriétaire ». Le sens est resté fidèle à sa construction : puisque le mot contient l'idée de « se dire », il suppose un sujet capable de parler de lui-même. « Prétendu », lui, est le participe passé de « prétendre » (du latin praetendere, « mettre en avant, alléguer ») : il désigne ce qu'on avance, ce qu'on allègue, sans que le sujet concerné l'ait forcément revendiqué. Deux étymologies, deux logiques : l'une tournée vers celui qui parle de soi, l'autre vers ce qu'un tiers affirme.

Pourquoi tout le monde emploie « soi-disant » à tort ?

Dans l'usage quotidien, « soi-disant » a colonisé tous les emplois de « prétendu » : on entend « un soi-disant remède », « il est soi-disant parti », « une soi-disant amélioration ». Pourquoi ? D'abord parce que « soi-disant » sonne plus expressif, presque ironique : il souligne le doute. Ensuite parce que la construction du mot s'est effacée dans les esprits : peu de locuteurs pensent encore au « se disant » qu'il contient. Une confusion en cache souvent une autre : beaucoup écrivent même « soit-disant », en croyant y voir le verbe « être ». C'est une faute d'orthographe distincte, que nous traitons dans notre article « soi-disant » ou « soit-disant ». Les deux problèmes sont complémentaires : cet article-là règle comment écrire le mot, celui-ci règle quand l'employer. Retenez la frontière : dès qu'aucune personne ne « se dit » elle-même quelque chose, « soi-disant » n'a rien à y faire.

« Soi-disant » pour une chose : une faute tolérée par l'Académie française ?

L'Académie française est catégorique. Dans sa rubrique « Dire, ne pas dire », elle rappelle que « soi-disant » ne peut s'appliquer qu'à « une personne qui revendique telle ou telle qualité », et non à une chose ou à un fait qu'on lui prête. Son exemple est resté célèbre : on dira « le soi-disant avocat était un escroc » (il se prétendait avocat), mais « la prétendue broche en or », et non « la soi-disant broche », car une broche ne se dit rien à elle-même. Contrairement à d'autres débats où l'Académie tolère deux graphies, comme « clé » ou « clef », il n'y a ici aucune souplesse : employer « soi-disant » pour un objet est fautif en langue soignée. La nuance compte particulièrement à l'écrit professionnel, où l'on distingue déjà « à l'attention » et « à l'intention ». En contexte soutenu, « prétendu » reste donc le seul choix correct pour un fait allégué par autrui.

Comment retenir quand employer « soi-disant » ?

Le test est simple : remplacez mentalement le mot par « qui se dit ». Si la phrase tient, parce que le sujet peut parler de lui-même, « soi-disant » est correct : « un soi-disant champion » = « quelqu'un qui se dit champion ». Si le remplacement est absurde, parce qu'une chose ou un événement ne peut rien « se dire », passez à « prétendu » : une panne, un remède, un départ ne se disent rien, donc « prétendue panne », « prétendu remède », « départ prétendu ». Deuxième réflexe à ancrer : « soi-disant » est invariable. Ni genre ni nombre : « une soi-disant championne », « des soi-disant experts », jamais « soie-disante ». « Prétendu », lui, s'accorde comme un adjectif ordinaire : « une prétendue amie », « de prétendus experts ». Cette invariabilité rejoint la logique d'autres locutions figées, comme « ci-joint » (voir « ci-joint » ou « ci-jointe »). Un dernier repère pour vos CV : « un soi-disant leader » désigne celui qui se proclame tel ; « une prétendue expérience de manager », un fait qu'il vous faudra prouver.

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