
En résumé
« Vice » ou « vis » : même prononciation, sens radicalement différents. « Vice » désigne un défaut moral ou juridique, « vis » une pièce à filet ou une forme conjuguée. L'Académie française ne tolère aucune confusion entre ces deux homophones.
« Vice » ou « vis » : laquelle est correcte ?
Ces deux mots existent en français, mais ils ne sont pas interchangeables : ils n'ont absolument pas le même sens. « Vice » est un nom masculin qui désigne un défaut grave, une imperfection morale ou un manquement juridique. « Vis » est un nom féminin qui désigne une pièce mécanique à filet hélicoïdal, ce que l'on appelle couramment une vis à bois ou une vis métallique. Par ailleurs, « vis » est aussi la deuxième personne du singulier de l'indicatif présent du verbe « voir » (tu vis) et du verbe « vivre » (tu vis). Les confondre à l'écrit constitue une faute, même si leur prononciation est strictement identique : [vi].
« Ce contrat est entaché d'un vice de consentement. » (vice = défaut juridique, nom masculin)
« Passe-moi la vis cruciforme, s'il te plaît. » (vis = pièce mécanique, nom féminin)
« Tu vis enfin la vérité en face. » (vis = indicatif présent de voir, 2e personne du singulier)
D'où viennent les mots « vice » et « vis » ?
Les deux mots ont des origines latines totalement distinctes, ce qui explique leurs orthographes différentes malgré leur prononciation commune.
« Vice » vient du latin vitium, qui signifiait « défaut, imperfection, faute morale ». Ce terme latin a engendré toute une famille de mots en français : vicieux, vicier, vicieux, et bien sûr le préfixe vice- (vice-président, vice-versa). Le sens premier, un défaut altérant la qualité ou la légalité de quelque chose, s'est parfaitement conservé depuis le latin classique jusqu'au français contemporain. On parle ainsi d'un vice caché en droit de la vente, d'un vice de forme en procédure, ou d'un vice de construction.
« Vis » (la pièce mécanique) vient du latin vitis, désignant à l'origine la vigne et ses vrilles en spirale, cette forme hélicoïdale a naturellement désigné par analogie la pièce à filet tournant. Le mot est attesté en français depuis le XIIIe siècle. Quant au verbe « voir » dont « vis » est une forme conjuguée, il descend du latin videre. Le verbe « vivre » dont « vis » est aussi une forme descend du latin vivere. Trois origines différentes, une seule prononciation : le français regorge de ces pièges.
Pourquoi confond-on si souvent « vice » et « vis » ?
La confusion entre « vice » et « vis » est un classique des homophones français : ces deux mots se prononcent de façon strictement identique, [vi], et n'offrent aucun indice phonétique permettant de les distinguer à l'oral. C'est uniquement le contexte et la maîtrise du lexique qui permettent d'écrire le bon mot.
Selon le Projet Voltaire, les confusions entre homophones représentent l'une des cinq catégories d'erreurs les plus fréquentes en français écrit, tous niveaux confondus. La difficulté est amplifiée ici par le fait que « vis » revêt plusieurs identités grammaticales : nom féminin (la vis), forme verbale de « voir » (tu vis quelque chose), et forme verbale de « vivre » (tu vis à Paris). Cette multiplicité de sens pour un même son [vi] désarçonne même des scripteurs expérimentés.
La confusion touche aussi la locution latine vice versa, que certains écrivent à tort « vis versa », une erreur analysée dans notre article sur les homophones les plus piégeux du français.
« Un vis » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Non, absolument pas. L'Académie française ne tolère aucune confusion entre « vice » et « vis ». Ce sont deux mots distincts, avec des étymologies différentes, des genres différents et des sens sans rapport. Écrire « un vis caché » au lieu de « un vice caché », ou « une vice » au lieu de « une vis », constitue dans les deux cas une faute inacceptable.
Il faut distinguer ce cas des débats orthographiques où l'Académie admet effectivement plusieurs graphies. Par exemple, la réforme de 1990 a autorisé « évènement » à côté d'« événement ». Ces tolérances concernent des variantes graphiques d'un seul et même mot. Ici, « vice » et « vis » sont deux mots différents : confondre l'un avec l'autre, c'est utiliser le mauvais mot, pas simplement une variante d'orthographe.
Le genre grammatical est un marqueur fiable : « vice » est masculin (un vice, des vices), « vis » est féminin (une vis, des vis). Si vous hésitez, pensez au genre, c'est souvent le premier indice. Pour d'autres confusions du même type fondées sur le genre, voyez notre article « amande » ou « amende ».
Comment retenir « vice » et « vis » une fois pour toutes ?
Deux astuces mnémotechniques suffisent à ne plus jamais confondre ces homophones.
Première astuce, le genre : « vice » est masculin (un vice, des vices), comme « défaut » qui est aussi masculin. Retenu ? Si votre mot est masculin, c'est vice. « Vis » est féminin (une vis, des vis), pensez à « une vrille », qui est aussi féminine et qui ressemble à une vis en spirale.
Deuxième astuce, le test de substitution : remplacez le mot suspect par « défaut ». Si la phrase reste cohérente, c'est « vice ». Exemple : « Il y a un vice dans ce mécanisme » → « Il y a un défaut dans ce mécanisme » : cohérent, donc vice. « Passe-moi la vis » → « Passe-moi la défaut » : incohérent, donc c'est bien vis (la pièce).
Ces réflexes s'acquièrent en pratiquant régulièrement, tout comme la distinction entre « cor » et « corps », deux autres homophones que l'on confond facilement.
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