
En résumé
« Clore » ou « clôturer » : laquelle est correcte ? Pour mettre fin à un débat, une séance ou un compte rendu, écrivez « clore » : l'Académie française réserve « clôturer » à son sens propre, entourer d'une clôture.
« Clore » ou « clôturer » : laquelle est correcte ?
Quand il s'agit de mettre fin à quelque chose d'abstrait, un débat, une séance, une discussion, un compte rendu, la forme correcte est clore, pas « clôturer ». On clôt un débat ; on ne le « clôture » pas. Le verbe « clôturer », dérivé du nom « clôture », signifie au sens propre « entourer d'une clôture » : on clôture un jardin, un champ, un terrain. Le réserver à un objet matériel évite la faute.
« Le président a clos le débat après deux heures de discussion. » (mettre fin à un échange)
« Je clos cette réunion : merci à tous. » (terminer une séance)
« Le maire a fait clôturer le terrain communal. » (entourer d'une clôture, sens propre)
D'où vient le verbe « clore » ?
« Clore » descend directement du latin claudere, « fermer ». C'est l'un des plus anciens verbes du français, attesté dès le XIᵉ siècle. Il a donné toute une famille de mots toujours vivants : « enclore », « éclore », « inclure », « exclure », ainsi que les participes « clos » et « close » que l'on retrouve dans « un huis clos », « à la nuit close » ou « les yeux clos ». « Clôturer », lui, est bien plus récent : il n'apparaît qu'au XVIIIᵉ siècle, construit sur le nom « clôture » pour désigner l'action de poser une barrière. Sa vocation première est donc concrète et matérielle. Si « clôturer » a fini par concurrencer « clore » dans le sens de « terminer », c'est surtout à cause d'une faiblesse de « clore » : c'est un verbe défectif, dont la conjugaison est incomplète. On dit « je clos », « il clôt », mais les formes de l'imparfait ou du passé simple sont quasi inexistantes, ce qui rebute les locuteurs.
Pourquoi tout le monde écrit « clôturer un débat » ?
La popularité de « clôturer » s'explique par sa conjugaison complète et régulière. Face à un « clore » défectif et intimidant (comment dire « nous clo… » au passé ?), les locuteurs se rabattent naturellement sur « clôturer », qui se conjugue comme « aimer », sans aucune lacune. Le langage administratif et bancaire a amplifié le phénomène : « clôturer un compte », « clôture de l'exercice », « cours de clôture de la Bourse » se sont imposés dans la presse économique. Par contagion, on a glissé vers « clôturer une réunion » ou « clôturer un dossier ». Ce mécanisme de régularisation illustre un principe général : l'usage majoritaire pousse une forme, mais cela ne suffit pas à la rendre correcte partout. Écrire « clôturer un débat » reste perçu comme une maladresse de style par les correcteurs exigeants.
« Clôturer » : une faute tolérée par l'Académie française ?
Non. L'Académie française est claire : elle ne reconnaît à « clôturer » que son sens propre, « entourer d'une clôture », et condamne son emploi figuré pour dire « terminer » ou « mettre fin à ». Pour clore un débat, une séance ou une discussion, il faut employer « clore ». L'Académie consent une seule exception consacrée par l'usage : « la clôture de la Bourse » et « le cours de clôture », tolérés dans le vocabulaire financier. Il n'y a ici qu'une seule forme correcte selon le sens visé. C'est une vraie faute de registre, au même titre que pécuniaire écrit « pécunier » : l'usage répandu ne la légitime pas dans un écrit soigné.
Comment retenir « clore » une fois pour toutes ?
Retenez l'image : on clôture ce qui a une clôture, un jardin, un champ, un terrain, un compte (qu'on « ferme »). Tout le reste, ce qui est abstrait et n'a pas de barrière, se clôt : un débat, une séance, une discussion, un discours. Le moyen mnémotechnique : « pas de grillage, pas de clôture », donc « clore ». Faites aussi le test de substitution par « terminer » : si « terminer » convient (« terminer le débat »), écrivez « clore le débat ». Si vous pouvez remplacer par « entourer d'une barrière » (« entourer le jardin »), alors « clôturer le jardin » est juste. Cette logique de paronymes à ne pas confondre est la même que pour diffamatoire et diffamant : deux mots proches, mais chacun son emploi. Une fois le réflexe pris, vous ne « clôturerez » plus jamais une réunion.
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