Nos conseils

« Je vous partage » ou « je partage avec vous » : laquelle est correcte ?

Sylvain CASSINIPublié le 5 juillet 2026Mis à jour le 5 juillet 2026
« Je vous partage » ou « je partage avec vous » : laquelle est correcte ?

En résumé

« Je vous partage ce fichier » est-il correct ? Non : « partager » se construit avec la chose partagée, pas la personne. L'usage pro s'est répandu, mais l'Académie française reste ferme. Dites « je partage ce fichier avec vous » ou « je vous le transmets ».

Votre CV est-il sans faute ? Testez-le gratuitement face aux filtres ATS, score en 30 s.

« Je vous partage » ou « je partage avec vous » : laquelle est correcte ?

La forme correcte est « je partage ce document avec vous ». La tournure « je vous partage un document », très répandue dans les mails professionnels, est une faute de construction. Le verbe « partager » est transitif direct : son complément d'objet est la chose que l'on met en commun, jamais la personne. On ne partage pas quelqu'un ; on partage quelque chose avec quelqu'un. La personne s'introduit donc par la préposition « avec », après le complément.

« Je partage ce rapport avec vous. » (envoi d'un fichier en pièce jointe)
« Je vous transmets le compte rendu de la réunion. » (formule de courriel correcte)
« Je vous fais part de ma décision. » (pour annoncer une nouvelle)

Retenez le principe : la place du pronom « vous » trahit la faute. S'il précède « partage » sans « avec » derrière, la phrase est fautive. Dans un contexte professionnel, les tournures « je vous transmets » et « je vous fais part de » sont irréprochables et souvent plus élégantes.

D'où vient le verbe « partager » et sa construction ?

« Partager » dérive du nom « partage », lui-même formé sur « part », issu du latin pars, partis, « portion, part ». Le sens premier est concret : diviser un tout en parts. On partage un gâteau, un héritage, une addition. De là découle le sens figuré : mettre en commun un avis, une passion, une information. Dans tous les cas, le complément d'objet direct désigne ce qui est divisé ou mis en commun, jamais le destinataire.

La personne avec laquelle on partage n'est pas un objet du verbe : c'est un complément introduit par « avec ». On dit « partager un secret avec un ami », « partager son écran avec ses collègues ». Historiquement, une construction dative, « partager quelque chose à quelqu'un », a existé chez des auteurs classiques, au sens de « répartir, distribuer » (donner à chacun sa part). Mais en français moderne standard, « partager quelque chose à quelqu'un » n'est plus admis : seule la construction avec « avec » subsiste.

Pourquoi tout le monde écrit « je vous partage » ?

La faute vient d'une analogie avec les verbes de transmission, qui acceptent tous le datif : « je vous envoie », « je vous transmets », « je vous adresse », « je vous communique ». Ces verbes se construisent « verbe + quelque chose + à quelqu'un ». Le cerveau calque spontanément « partager » sur ce modèle, d'autant qu'il est devenu, dans l'esprit de tous, un quasi-synonyme d'« envoyer ».

L'ère du numérique amplifie le phénomène : le bouton « Partager » des réseaux sociaux, le « partage d'écran » en visioconférence, le « partage de fichier » dans le cloud ont fait de « partager » le verbe par défaut de toute transmission. En milieu professionnel, l'effet mimétique des mails accélère la diffusion : une formule vue dix fois par jour finit par paraître normale. C'est le même mécanisme d'entraînement que pour d'autres tournures de courriel, comme « je me permets » dans un email, qu'il faut manier avec précision.

« Je vous partage » : une faute tolérée par l'Académie française ?

Non. L'Académie française et les correcteurs de référence considèrent « je vous partage quelque chose » comme incorrect : le verbe reste transitif direct, sans complément d'attribution. Certes, des linguistes rappellent que la construction dative se lit chez Montaigne, Corneille ou Zola. Mais c'est un argument d'usage littéraire ancien, au sens de « répartir », pas une caution du registre professionnel d'aujourd'hui.

La nuance est importante : certaines variantes ont bel et bien été officialisées. Rien de tel pour « partager » : aucune réforme n'a validé le datif. Dans un mail à un recruteur, un CV ou une lettre de motivation, « je vous partage mon CV » signale une négligence de langue là où l'on attend justement du soin. Mieux vaut écrire « je partage mon CV avec vous », ou, plus sobre, « ci-joint mon CV ».

Comment retenir « je partage avec vous » une fois pour toutes ?

Un test de substitution règle le doute en une seconde : remplacez « partager » par « donner ». « Je vous donne ce document » est correct (donner accepte le datif). Mais « partager » ne fonctionne pas ainsi : on ne dit pas « je vous partage », on dit « je partage ce document avec vous ». Si la substitution par « donner » passe mais que « partager » sonne bancal sans « avec », c'est le signe qu'il faut réintroduire la préposition.

La formule mnémotechnique : « On partage un gâteau AVEC quelqu'un ; on ne partage pas quelqu'un. » Dès qu'une personne entre en jeu, elle arrive après « avec », jamais devant le verbe. Et pour vos courriels, gardez sous la main les alternatives impeccables : « je vous transmets », « je vous adresse », « je vous fais part de », « veuillez trouver ci-joint ». Elles vous éviteront la faute tout en soignant le ton, au même titre qu'une bonne formule de politesse en fin de courrier.

Si vous écrivez des mails de candidature, vérifiez aussi votre CV : notre test ATS CV gratuit repère les fautes d’orthographe et mesure sa lisibilité.

Cette tournure figure dans notre liste des fautes de français à éviter sur un CV.

Et votre CV, est-il sans faute ?

Vous venez de vérifier une règle d'orthographe : votre CV en contient peut-être d'autres. Le test gratuit repère les fautes et mesure la lisibilité du fichier par les logiciels de recrutement, en 30 secondes.

Tester mon CV gratuitement

Besoin d’une relecture par un expert ? Faire corriger mon CV

Articles similaires